Le Robot Sauvage, c’est cette petite pépite de production qui arrive sans prévenir et qui repart en laissant un vide. Il faut dire que, dès la bande-annonce, le ton était donné : ça allait être beau. Mais beau, en 2024, ce n’était plus une qualité suffisante pour un film d’animation. Chaque film d’animation qui prétend au succès critique doit, au minimum, être beau.
Le Robot Sauvage offre une maîtrise complète de l’animation, le talent dans ce qu’il a de plus pur. Chaque image est soignée et devient un véritable tableau de maître. L’eau, les forêts, les tempêtes : tout est sublimé et transcendant. Le changement de saison se fait avec une aisance rare, presque insolente. Mais au-delà de l’image, Le Robot Sauvage se targue de pouvoir s’inscrire parmi les plus grands. Car en effet, ce n’est pas son esthétique sa principale qualité, mais bien son scénario.
Le scénario et la mise en scène auraient pu être rébarbatifs. L’idée d’un robot qui va s’attacher à la planète, sur fond de morale écologiste, Disney l’avait déjà explorée avec Wall-E (une autre masterclass), et il allait être difficile de faire aussi bien, sinon mieux. Comme dans Wall-E, l’humain est mis au second plan : il est pratiquement inexistant pendant la majorité du film. Ne nous sont offerts qu’un robot et des animaux. Là où Wall-E montrait un monde dévasté, Le Robot Sauvage s’inscrit dans une logique contemplative : la nature y est présente, luxuriante, mais surtout fragile. Et c’est toujours l’intervention humaine qui en cause la destruction. Ainsi, l’arrivée accidentelle de ce robot sur une île vierge était un choix intelligent des producteurs, permettant de nous interroger collectivement sur nos propres actions et leurs conséquences. Le Robot Sauvage n’est jamais dans l’accusation, mais dans le constat dur, froid et assez implacable.
L’autre grand point fort du film, c’est l’évolution du robot qui, au fil des minutes, devient plus humain que les humains eux-mêmes. Une anomalie dans son code lui confère une conscience. Cette conscience lui permet d’agir selon sa propre volonté ; surtout, il devient capable de ressentir et d’aimer. Ainsi, Le Robot Sauvage parvient à se transcender pour offrir autre chose qu’un simple film d’animation sur fond de morale écologiste douteuse ou d’adulation bancale d’une relation homme-machine. Non, Le Robot Sauvage, c’est une interface qui interroge notre propre humanité, à l’instar d’un Jean de La Fontaine utilisant les animaux pour mieux nous moquer de nous-mêmes.
Ainsi, au-delà d’une animation érigée au rang d’excellence et d’un scénario intelligent, Le Robot Sauvage parvient à accomplir ce que peu de films d’animation (et même de films en prise de vue réelle) réussissent : maintenir une cohérence parfaite tout au long du long-métrage. Moi qui ne mets jamais de 10/10, qu’ai-je donc à reprocher à Le Robot Sauvage ? Rien. Absolument rien. Et c’est plein de gratitude que je termine cette critique. Gratitude d’avoir vécu l’une — si ce n’est la — meilleure séance depuis près de dix ans, et gratitude pour m’avoir démontré que le cinéma était toujours capable de nous surprendre et de nous marquer jusqu’à la fin de nos existences.