Comme pour beaucoup de personnes de ma génération, le Roi Lion a marqué mon enfance tant par la qualité de son animation, les personnages hauts en couleurs, les musiques géniales et l’histoire racontée (certes grandement inspirée par d’autres œuvres, mais elle n’en reste pas moins bonne).
Au fil des années et à force de visionnages, ce film a pris toujours plus de place dans mon cœur, à tel point qu’il est sans aucun doute dans mon top-3 de films favoris. Alors évidemment, lorsque Disney annonce une nouvelle version en CGI ultra réaliste de ce film dans la continuité de sa politique actuelle de ressortir des remakes de leurs classiques, j’ai été à la fois intrigué mais également inquiété.
En effet, les premiers trailers nous montraient des images magnifiques et un esprit très proche de l’œuvre originale, mais également un cruel manque d’émotions sur le visage des animaux. Autant vous le dire tout de suite, il s’agit-là des meilleures qualités et du plus grand défaut du film.
Disney a voulu rendre son film trop réaliste en abandonnant certaines folies permises avec le dessin-animé. L’idée est louable, mais le visage des personnages ne laisse transparaître aucune émotion qui se retrouve véhiculée par la musique, et heureusement par le doublage des acteurs qui ont fait un travail de qualité (je précise que j’ai vu le film en VOSTFR). Mais l’expression faciale reste le principal vecteur de transmission pour les émotions, et son absence crée certaines dissonances en moi.
Ceci m’a particulièrement marqué dans la scène de la mort de Mufasa, quand Scar dit à Simba de partir très loin et de ne jamais revenir. Le visage de Simba sur ce plan m’a halluciné, en mal. Scar aurait pu lui annoncer qu’il avait lâché un énorme pet que l’expression faciale de Simba aurait aussi parfaitement collé aux déclarations. Pour le coup, j’ai vraiment ressenti un décalage entre la gravité de la situation, les émotions prétendument ressenties par le personnage de Simba et ce qui m’est montré à l’écran.
La perte de magie due au réalisme du film m’a aussi frappé lors des musiques. Je voudrais déjà être roi et s*oyez prêts* étant les deux principalement touchées par le côté ultra réaliste voulu du film. Dans le dessin-animé, les deux scènes sont construites avec des effets visuels colorés ou marqués, alors que dans ce film tout tombe à plat, principalement lors de la deuxième musique où l’absence des hyènes qui marchent d’un pas militaire enlève un message puissant.
Le film apport quelques changements mineurs, dont certains ont influencé négativement mon appréciation du film. Par exemple, je n’ai pas compris l’idée de faire la mise en scène de la musique l’amour brille sous les étoiles en plein jour (et sachant que le titre original de la musique est « Can you feel the love TONIGHT », la scène n’est pas non plus cohérente en VO).
Le dialogue entre Simba et le fantôme de Mufasa a aussi été légèrement modifié. Certes, dans le nouveau film Mufasa dit à Simba qu’il est fier de lui, mais cela va à mon sens contre l’essence même de la scène originale, où Mufasa avec toute l’aura de père et de roi qui l’entoure tout le long du film, vient donner une dernière leçon à son fils pour le remettre sur le droit chemin.
Certains gags modifiés tombent aussi complétement à plat, je pense au passage où Timon dance en vahiné, encore une fois retiré du film par soucis de réalisme. Il s’agissait d’un de mes gags favoris, car il était très bien dosé ; Simba dit qu’il faut faire diversion, Timon est d’accord avant de comprendre le sous-entendu de Simba (Timon et Pumbaa serviront d’appâts), ce dernier le rassure, Timon proteste en disant qu’il ne va tout de même pas se déguiser en vahiné et droit derrière « LUAU ». Simple, rapide et efficace. Dans la nouvelle version, Pumbaa appuie lourdement sur le fait qu’il faudrait un animal gros, dodu, appétissant, qui ne cours pas très vite pour appâter les hyènes. L’effet est totalement à l’inverse du gag original. Rafiki est lui aussi beaucoup moins drôle dans ce nouveau film, on sent le personnage très en retrait dans l’intrigue alors qu’il joue un rôle important dans la réconciliation de Simba avec son passé.
Finalement, toutes ces petites modifications laissent transparaître un sentiment moins fort de maîtrise dans le rythme du film. Dernier exemple : la scène finale où Simba monte sur le rocher. Dans le film original, la musique se lance lorsque Simba fait le premier pas, accentuant ainsi toute la symbolique du moment. Dans cette nouvelle version, la musique se lance lorsque Simba est déjà à la moitié du chemin, ce qui produit un effet dramatique beaucoup moins intense. Comme quoi, le diable est vraiment dans les petits détails.
J’ai été très critique avec le film, car concrètement je ne vois pas quel a été le but du projet si ce n’est faire une démonstration de force technique et de faire de l’argent facile en ressortant de vieux classiques. Il s’agit là du premier remake de Disney et je ne sais pas si les autres films souffrent des mêmes défauts, mais mon envie de les découvrir en a été réduite.
Toutefois, je reconnais qu’il s’agit d’un bon film, étant donné la proximité avec le matériau de base qui est déjà excellent, mais quitte à revoir (ou même découvrir) le Roi Lion, autant se rabattre sur la version originale de 1994 qui reste plus authentique sur bien des plans.