D’emblée, c’est dans l’incroyable aisance narrative et la stylisation d’une grande modernité que s’inscrit ce récit à la première personne, par l’auteur lui-même. Après une entrée en scène très théâtrale, avec un générique en forme de présentation des interprètes, on entre dans le vif du sujet avec cette voix-off qui accompagnera le film sur toute sa durée.
Dès lors nous voilà embarqué dans un récit rocambolesque narrant les frasques d’un truand en goguette, tiré à quatre épingles, malicieux et sarcastique, absolument novateur sur la forme. Quasiment pas de dialogues, si ce ne sont qu’une ou deux scènes totalement hilarante mettant en scène notre héros qui sera d’un bout à l’autre l’unique narrateur de sa propre histoire. Ce qui donne lieu à un traitement croustillant et souvent évasif de sa propre évolution. Allant jusqu’à utiliser sa propre voix pour imiter celle des différents protagonistes, cette stylisation donne lieu à quelques scènes absolument hilarantes.
« L'un des mensonges les plus fructueux, les plus intéressants qui soient, et l'un des plus faciles en outre, est celui qui consiste à faire croire à quelqu'un qui vous ment qu'on le croit. » C’est par cette délicieuse citation dont il fût un parangon, que l’on pourrait caractériser ce récit absolument somptueux, cynique et grandiloquent, tant l’auteur tisse toute sa narration sur ce modèle fondamental qui consiste à faire se raconter sa propre histoire.
Ce n’est pas pour autant qu’il en oublie de lancer quelques pics aux différentes strates de la société qu’il traversera avec toujours cette touche sarcastique délicieuse qui le caractérisait. Une simple discussion à la terrasse d’un café vire subitement à un cours magistral sur le système économique, égratignant au passage la bourgeoisie et ses historiques contradictions.
Esthétiquement le film est somptueux et l’auteur à en permanence recours à des ellipses avantageuses qui mettent en avant une mise en scène extrêmement énergisante qui donne à ce récit une aura remarquable de fable laconique.