Deuxième Curtiz, deuxième claque dans la gueule. Après "Casablanca", où la belle et fragile Ingrid Bergman est ballottée par le flot impétueux de l'Histoire, voici Mildred Pierce, où l'histoire est individuelle mais frôle l'universalité dans la description des relations qui unissent et opposent une mère et sa fille, une génération laborieuse et une autre nantie, une classe sociale oisive et une autre prête à tous les sacrifices.

Joan Crawford est incroyable dans le rôle éponyme, tourmentée par l'amour inconditionnel qu'elle voue à sa fille, sorte de pimbêche ingrate et stupide qu'on aimerait baffer de bout en bout. Ses gestes, ses regards, ses rictus de douleur ou de haine transcrivent si bien les émotions d'une mère qu'on en arrive à éprouver ses sentiments, aussi insupportable que soit Veda, magnifiquement interprétée par Ann Blyth toute en minauderies hypocrites et en grimaces puériles.

Les décors sont somptueux, et jouent un rôle puissant dans la narration : ici, la rampe d'un escalier hélicoïdal projette son ombre griffue sur le mur ; là, deux fines colonnes semblent bien trop grêles pour porter l'immense plafond qui semble peser sur les épaules des protagonistes ; là encore, quelques marches descendantes sont comme une falaise de laquelle se jettent les personnages, en victimes expiatoires. Tout à tour ensoleillés ou sinistres, les lieux changent avec la narration, étalant leurs ombres démesurées ou laissant pénétrer une lumière calme et pure. Le film est d'ailleurs construit comme la course du soleil, de la nuit la plus noire au zénith le plus lumineux puis de la douce fin d'après-midi au sombre crépuscule que vient, enfin, chasser l'aube nouvelle, la paix retrouvée.

La toute dernière image du film, d'une abstraction presque métaphysique, est d'ailleurs saisissante de beauté.
Anonymus
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le 7 déc. 2010

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Anonymus

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