Evidemment, on a déjà vu la même histoire 20 fois, à quelques nuances cosmétiques près. Quelqu'un de couché au fond d'un lit ou de recroquevillé dans un fauteuil, accablé par le sort, et un vent de fraîcheur qui surgit subitement pour lui changer son quotidien. La dernière fois, pour moi, ça devait être Sophie Marceau et Christophe Lambert, qui m'avaient rappelé François Cluzet et Omar Sy, eux-mêmes échos lointains d'un autre duo dont les visages se sont effacés. Mais ce n'est pas parce qu'une Annonciation a déjà été peinte au XIIIème siècle que le sujet a disparu des catalogues, donc pourquoi les scénaristes se priveraient-ils de mettre au goût du jour ces contes cruels dans lesquels une maladie terrible terrasse un malheureux bipède ? On sanglote jusqu'à ce qu'apparaisse enfin l'heureux caractère qui, souffrant des mêmes maux, a été capable de goûter chaque seconde de sa vie parce qu'il était bien entouré. Ici, une nana dont le mari n'est autre que Winston Zedmore (j'écris comme je l'avais compris à l'époque), le 4ème chasseur de fantômes, alors, évidemment, ça doit donner la banane, ça. Blague à part, la toute première cure de jouvence à surgir dans la vie d'Hilary Swank crucifiée s'appelle Bec, c'est forcément mal engagé. Comme dans Intouchables, elle n'appartient pas du tout à la même classe sociale, n'a pas la même éducation, et n'y entend pas grand chose en grande musique. Rien de bien nouveau. Mais c'est elle qui va épauler la malade quand son couple va sombrer, torcher, essuyer, moucher, et même apprendre à cuisiner, avec facilité parce que tout est facile quand on aime ce qu'on fait, puis accompagner son ex-patronne et désormais amie dans sa longue agonie. Ce film-là ose aller jusqu'au bout, sans la grâce poétique de Mar Adentro, mais quand même. Aucun intégriste re-né ne surgit pour brandir un crucifix et l'histoire peut arriver à son terme et, surtout à sa leçon de vie. Car il s'agit évidemment de ça : susurrer qu'accepter la mort aide à vivre. Un poncif, certes, qu'il n'est pas inutile de répéter, peut-être, à l'heure ou les transhumanistes en roue libre rêvent de dénaturer notre espèce afin de revivre leurs névroses à l'infini. J'imagine que ce film qui se veut sensible peut effectivement apporter du grain à moudre à ceux qui aborderaient ce sujet pour la première fois, je pense notamment aux ados. D'autant que ça finit sur une sorte de clip où l'actrice principale, Emmy Rossum, perd d'un coup le naturel dont elle faisait preuve au cours de l'histoire pour se présenter en chanteuse de fond de bar de cliché. Bon, donc, en résumé, des thèmes qui méritent d'être abordés (les mères toxiques, les maris volages, la culpabilité des malades et des aidants, l'anticonformisme, l'autonomie des personnes handicapées, l'hypocrisie en amitié, les relations jetables, et j'en oublie certainement) dans une intrigue téléphonée mais pas désagréable à suivre, sans revendications sociale ni constat désabusé sur le système de santé américain (un conte, donc...), portée par deux actrices qui se donnent de la peine pour porter un propos généreux.