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Narcisse
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L'absolue étrangeté du cinéma de Bernard-Henri Lévy se ressent dans le moindre de ses recoins, dans l'incompréhension ressentie face à une oeuvre que l'on trouverait de prime abord nécessaire et qui, à mesure que les minutes et heures passent après le visionnage, commence à sentir drôle, pour citer Zappa. La démarche est salutaire, c'est à dire filmer un conflit et, dans une mesure plus générale, tenter de trouver une solution à ce dernier en usant des moyens possibles, accessibles aux plus riches et influents. Bernard-Henri Lévy fait partie de cette lignée de privilégiés et se positionne sur deux fronts différents, celui du peuple opprimé et celui des nantis.
Comment donc prendre au sérieux une personnalité influente, mondaine, homme d'affaires et cinéaste manichéen, positionnée sur tous les fronts? N'étant sûrement pas un surhomme, encore moins un Prix Nobel de la paix, la figure héroïque aux chemises impeccables tend à prendre le dessus sur celle d'un cinéaste qui aurait pu ou dû se contenter de filmer plutôt que d'apposer sur chaque image une voix-off grave, aux accents que l'on devine parfois ironiques, aux tournures littéraires ampoulées, au discours orienté. Mais ce serait se passer finalement de l'OFNI inouï, globalement mal fichu que représente Le Serment de Tobrouk. Ce serait se passer de cette diction reconnaissable, de ces propos d'une prétention extraordinaire bien que l'auteur s'en défende depuis trente ans, de cette incroyable naïveté visant à résoudre à coups de discours et coups de téléphones l'un des conflits géopolitiques majeurs du 21ème siècle.
Tout paraît si simple, si romancé. C'est cette posture incroyable de décalage avec le réel qui rend le documentaire troublant, enfermé dans sa petite bulle, porté par les seules épaules de cette silhouette élancée dont les embrassades avec les résistants a ce quelque chose de touchant. Ca ne peut être que le cas dans un combat d'Humains. En dépit de ses aberrances de ton, chaque film-documentaire de Bernard-Henri Lévy pourrait très bien être présenté en effet à Cannes, mais aussi à la Nuit Nanarland ou à l'Etrange où il aurait parfaitement sa place.
Créée
le 3 juil. 2021
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