Avec ce film, l’éminent réalisateur de chefs d’œuvres comme La Harpe de Birmanie et Feux Dans La Plaine, aborde une réalité peu connue, voir ignorée, qui est la discrimination des « burakumins », une population considérée comme une basse caste depuis l’ère Edo, qui prendra fin à l’ère Meji, et qui fût mis au ban de la société et vilipendée par la structure pyramidale hiérarchique de la société japonaise.
Raizo Ichikawa y interprète le rôle de Ushimatsu Segawa, il parviendra à gravir les échelons en cachant son origine liée à cette caste, et finira par devenir un instituteur apprécié.
Au-delà du sujet qu’il aborde, et d’une forme d’éclaircissement sur l’un des travers discriminant de la société nippone, que l’on peut aisément étendre au reste du monde, le film s’attache à suivre son personnage principal, un Raizo Ichikawa qui parvenait naturellement à incarner la tragédie au cinéma, cherchant à cacher des origines qu’il traine comme une sorte de boulet et qui se confronte aux différentes réalités que son secret induit. Lorsque le décès de son père arrive, en forme d’intro, dans une scène très saisissante d’une confrontation ente homme et animal, son passé le rattrape.
Passant souvent sur des évidences inhérentes à la condition humaine d’un être qui cherche à s’élever dans la société avec une sorte de naturel circonstanciel, le réalisateur s’attache au-delà de l’aspect dénonciateur à entrecouper des scènes de confrontation entre son personnage principal et d’autres personnes, de moments d’une beauté picturale saisissante où l’humain semble perdu dans des paysages de désolation qui caractérise parfaitement l'enfermement mental de sa condition. On retrouve alors le style naturaliste sans fards de ce réalisateur profondément viscéral.
Si l’on fait abstraction d’un final qui à tendance à se complaire dans un certain pathos peu coutumier de ce réalisateur qui ne laissait que peu de place à la concession larmoyante, ce film est intéressant au-delà du fait de nous renseigner sur un travers peu reluisant humainement de l’histoire japonaise, par son style épuré ne tombant jamais dans la surexploitation de ses idées visuelles naturellement stupéfiantes de beauté, et qui confère au lyrisme presque fantastique, Mizoguchi n’est jamais bien loin.