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Frank se rêve une vie paisible après une carrière versée dans le crime. Son idéal se présente sur une carte postale qu’il s’est confectionné lui-même : un petit paradis avec femme, enfant, maison et voiture.
Cette vision, enfantine dans sa réalisation – Frank découpant des fragments de journaux et de magazines ensuite assemblés par collage –, qu'il dépose entre les mains de la femme qu'il cherche à convaincre de devenir sienne, est pleine d’une candeur touchante. Frank aspire à l’indépendance. Son argent, amassé grâce au recèle de diamants, se gagne à la sueur de son front. Les casses qu'il met au point sont ainsi des scènes d’un labeur parfaitement exécuté. Ces images nous renvoient à quelque chose qui a à voir avec la condition de l’homme moderne, rappelant sur quels efforts, avec quelle débauche d’énergie et de techniques formidables et effroyables – feu et métal en fusion – se construisent les modalités de nos existences.
Préparant sa retraite de cette vie éreintante et incertaine, dont la seule issue ne peut qu’être tragique, Frank se laisse séduire par les promesses insidieuses de Leo, receleur influent, apte à répondre à tous ses désirs. Leo est un personnage inquiétant, à l’expression diabolique dans l’éclairage des phares de la Cadillac de Frank lorsque se scelle le pacte entre les deux hommes. Sournoisement, ce Méphistophélès qui semble gouverner la ville de Chicago, symbole du crime que l’on perçoit en toile de fond, s’insinuera dans la vie intime de Frank, resserrant progressivement sur lui son emprise tutélaire. D’une omniscience inquiétante, il sait chacun de ses désirs qu'il réalise d'un simple coup de fil. Cette générosité a cela d’effrayante qu’elle se paie cher. Frank est esclave de cette relation, lui qui n'a contracté que pour un dernier gros coup. Il subira les conséquences de sa lubie d’indépendance, ne souscrivant pas au pacte faustien. Seule solution, la purification par les flammes de la matière, la destruction pure et simple de la résidence du mal. Lui aura finalement tout gagné, extirpé de ses chaînes, libre de trouver repos.
Créée
le 13 mars 2025
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