On ne le répétera jamais assez, le cinéma est un art visuel. Ainsi, on verra bon nombre de spectateurs venter - à tort ou a raison - tout film possédant un sens du visuel assez fort pour faire passer l'essentiel de sa narration par ce dernier. Là où Le Souffle nous intéresse, c'est parce qu"il appartient justement à cette catégorie - et pour cause, il ne contient aucun dialogue.
Compte tenu de cette "contrainte" (qui n'en est au final pas vraiment une), Le Souffle est assez exemplaire, puisque à aucun moment l'absence de dialogues ne semble forcée ou problématique au bon déroulement et à la compréhension du spectateur. Le film parvient même à nous rappeler que le silence est probablement le plus bel artifice qui puisse exister pour véhiculer une émotion.
Car Kott sait émouvoir, que ce soit en filmant ses personnages ou les plaines isolées dans lesquelles le récit prend place. Quand la caméra s'attarde sur les acteurs, de beaux moments de grâce naissent, à l'image de ce magnifique plan sur le visage fatigué du père en train de s'éteindre devant un lever du soleil, ou encore la première rencontre entre l'héroïne (incarnée par une Elena An en état de grâce) et son prétendant.
Dommage néanmoins qu'à côté de cela le réalisateur choisisse, plutôt que d'accompagner l'épure de son fond, de trop jouer de son visuel. Contres-jour, jeu de flous, surexpositions... Alors certes tout cela est bien joli, mais un peu de trop, et l'on en vient à se demander si le film n'aurait pas gagné a avoir une forme plus simple et plus sobre. Et ce surtout quand on voit certains plans, cuts ou effets sonores qui semblent presque de trop (pourquoi finalement, illustrer en plusieurs plans ce qui n'aurait pu l'être qu'en un seul, et ce plusieurs fois ?).
Et ces quelques défauts font malheureusement de Le Souffle un film à l'image de son dénouement. Quelque chose de beau, de puissant, mais qui aurait peut-être du être encore plus simple.