Entre gratte-ciel, caresses et fesses, l’improbable liaison du BTP et de la DRH.

À l’issue de l’avant-première lilloise, la salle était partagée sur le fait de savoir si le personnage interprété par Jeanne Balibar manifestait de l’emprise sur son amant (joué par Damien Bonnard), plus jeune, preuve que le film a su éviter nombre de facilités, offrant la peinture d’une relation finalement assez complexe, sans doute assez équilibrée, dans le cadre d’une rencontre qui est aussi celle de deux milieux et de deux mondes professionnels opposés (directrice DRH polyglotte sur plusieurs continents pour elle ; directeur de travaux dans le BTP pour lui, dans l’inconfortable position d’être l’interface entre les financiers et les ouvriers, aux intérêts pas toujours convergents) : amante et sans être maternante, Jeanne Balibar incarne une figure tutélaire qu’est content de trouver l’ancien architecte dans une position fragilisée, face à des contraintes paradoxales et infernales (faire vite et bien), dans un monde professionnel assez violent, attirant de nombreux prédateurs, certains étendant la corruption jusqu’à des échelons encore plus bas.

Si le réalisateur a confessé avoir un peu changé et édulcoré le roman d’Éric Reinhardt (apparemment très sexuel), il offre un regard réaliste sur le monde du BTP, parfois cruel, mais parfois aussi assez solidaire, et parfois aussi à l’image d’un cinéma français assez paupérisé, et quand Sylvain Desclous remercie dans le générique les techniciens d’avoir accepté de signer l’annexe 3 (en gros, dispositif qui les rémunère moins), on repense à cette scène du film où le chef de chantier joué par Damien Bonnard demande à un peintre de faire plus d’heures sans être payé pour respecter.
En résumé, un bon film inquiet et assez juste, ancré dans un monde professionnel délaissé (le BTP) et une vie assez violente avec des mafieux en costumes-cravate. L’histoire d’amour est atypique, Jeanne Balibar conservant malgré l’âge une voix et un charme singulier. C’est aussi un film sur la création, et Damien Bonnard a su donner corps à l’énergie-passion.

chatcaquetant
7
Écrit par

Créée

le 12 févr. 2025

Critique lue 293 fois

chatcaquetant

Écrit par

Critique lue 293 fois

D'autres avis sur Le Système Victoria

Le Système Victoria

Le Système Victoria

3

cadreum

le 31 mars 2025

Suivre

Deux axes qui peinent à cohabiter

Le Système Victoria est un film obsédé par le pouvoir, où chacun exerce son emprise sans jamais questionner son propre rôle dans la soumission de l’autre. Tragique dans son propos, il l’est surtout...

Le Système Victoria

Le Système Victoria

3

Eric-Jubilado

le 9 mars 2025

Suivre

Désastre industriel

De grandes espérances ayant été à sa sortie une très belle découverte, il était logique d’attendre avec une certaine curiosité le film suivant de Sylvain Desclous, d’autant que Le système Victoria...

Le Système Victoria

Le Système Victoria

3

Fernand-M

le 13 janv. 2025

Suivre

La tour s'élève, l'intérêt s'effondre

Dans Le Système Victoria, tout est une affaire de contrôle. Chaque personnage qui le peut use de son emprise. Et aucun de ces personnages ne remet une seule fois en question ce pouvoir qu'il exerce...

Du même critique

Les Femmes au balcon

Les Femmes au balcon

3

chatcaquetant

le 14 déc. 2024

Suivre

Misandre à pendre

Malgré le carnaval des outrances (pets, pénis, teuches), l’hystérie des couleurs et le défilé de friperie, ce film ne parvient pas à cacher son vide et sa violence, non dénuée de misandrie, où on...

Le Quatrième Mur

Le Quatrième Mur

7

chatcaquetant

le 16 janv. 2025

Suivre

La guerre ne tient pas entre quatre murs

« Personne n’y comprend rien » quand « le Liban tire sur le Liban », car ce pays vit un drame, voire une tragédie : dans le premier cas, nous dit le film (et probablement le roman éponyme de Sorj...

Spectateurs !

Spectateurs !

6

chatcaquetant

le 18 déc. 2024

Suivre

Hymne d’amour brouillon au cinéma

Arnaud Desplechin discerne deux types de cinéastes : les cinéphiles et ceux qui ne le sont pas. S’il se range dans la première catégorie, à travers une vie ennuyeuse (« j’ai une vie ennuyeuse. Je...