Vu à la suite d'un documentaire sur Klimt qui mentionnait justement la spoliation d'une famille juive aisée possédant des œuvres à lui, ce film plutôt sympathique creuse le sillon des problèmes éthiques soulevés par les abus de pouvoir qui pullulent dans ce monde. Évidemment, le régime nazi a atteint des sommets en la matière, c'est ce qui guette n'importe quelle société dont les instances sont captées par un petit nombre d'illuminés. Ici, le scénario raconte comment un Schiele est arrivé au mur d'un ouvrier trentenaire à Mulhouse. Sans gâcher complètement le suspense, ça a à voir avec l'occupation, et ça remue un peu la boue de la collaboration, de l'épuration culturelle et de la répression contre les Juifs. Mais, finalement, ça n'est pas le cœur du sujet. Au lieu de ça, on plonge tête la première dans un cabinet d'expertise, qui ressemble beaucoup à un cabinet d'avocats, finalement, dont les idéaux sont un peu gangrénés par les sommes ridiculement importantes brassées au quotidien. Bon, comme je suis peintre, forcément, je tique un peu sur les quantités d'argent folles générées par notre travail à nous dès que ça n'est plus nous qui encaissons nos rémunérations. Ou qu'on a le bon goût de mourir. Et ça me froisse un peu qu'on applique à des œuvres d'art les mêmes principes qu'à la vente de carburant, avec des intermédiaires improductifs qui s'en mettent plein les poches quand, pour beaucoup d'entre nous, il s'agit de ne pas finir à la soupe populaire à coups d'expédients divers. Mais bon, revenons à Egon Schiele et à ces spécialistes (mais pas experts) qui tiennent avec la réapparition d'un tableau volé l'affaire de leur vie. Comme eux, on a à cœur que les œuvres précieuses égarées ou séquestrées refassent surface et puissent profiter à tous, mais pour des raisons moins intéressées, souvent. Dans cette histoire, le scénario s'applique malgré tout à animer ses personnages de motivations un peu plus profondes (ambition sociale, quête de l'amour et du sens de la vie, etc.) que la simple vente aux enchères record. Notamment en faisant du propriétaire accidentel de l’œuvre un bon petit gars qui a peur de se brûler les doigts en touchant le moindre sou lié à une extorsion puante. Alors, l'un dans l'autre, on a là une histoire assez bien menée, même si le personnage de la stagiaire mythomane subit une révolution copernicienne franchement sauvage vers la fin, dans un milieu qui fait froid dans le dos et transforme la poésie en gestion comptable, avec des comédiens qui relèvent le bilan, notamment, de manière un peu surprenante, Alain Chamfort, parfait en papa qui a "revu ses ambitions à la baisse". Un personnage qui amène une réflexion sur la transmission des traumatismes d'une génération à l'autre et contribue à donner l'impression que ça tire un peu dans tous les sens. Mais le cocktail n'est pas désagréable, même si j'en ressors tout à fait confortée dans ma conviction que la spéculation ne doit pas s'étendre au domaine artistique. C'est un peu là que l'histoire voulait en venir, de toute façon, mais ça prêchait une convaincue et je ne suis pas certaine que ce film à charge parvienne à faire bouger vraiment les lignes.