Ah, Le Téléphone rose… Rien que le titre, on entend déjà le petit jingle ORTF dans la tête et on sent l’odeur du Formica tiède dans les cuisines. C’est typiquement le genre de comédie française milieu années 70 : un peu grivoise mais jamais vraiment sale, satirique mais pas méchante, et surtout portée par une distribution de luxe, celle qu’on appelait à l’époque “un casting de cinéma”, c’est-à-dire : des gens qui savent parler, bouger, et exister même quand ils ne disent rien.


Molinaro + Weber, c’est un duo qui, sur le papier, peut faire des étincelles. Ici, disons qu’ils font plutôt des petites étincelles bien propres, celles qui ne brûlent pas la nappe.Le scénario est bien monté, avec ce savoir-faire très Weber : des quiproquos qui s’emboîtent, une mécanique claire, une montée progressive du bazar. Mais on sent que ce n’est pas le Weber des sommets, celui qui te sort une idée géniale toutes les trois scènes. Là, c’est plutôt Weber en mode : “bon, on va faire ça sérieusement… mais sans se fatiguer non plus, hein.


Mireille Darc, c’est l’arme fatale de l’époque. Elle a ce truc très 70s : élégante, drôle, moderne, avec ce charme un peu “Parisienne qui a toujours trois coups d’avance”. Même quand le film n’est pas un chef-d’œuvre, elle, elle est déjà en train de tourner un meilleur film dans sa tête. Pierre Mondy, lui, c’est l’énergie inverse :l e type qui fait sérieux, mais qui a toujours l’air d’être à deux minutes d’une crise de nerfs administrative. Leur duo fonctionne très bien parce que ça résume un grand thème de la comédie française des années 70 : le monde s’écroule, mais on garde la cravate.


Les seconds rôles : la vraie magie du cinéma français. Et là, c’est un festival. Michael Lonsdale, c’est le genre d’acteur qui peut jouer un ministre, un évêque, un espion, ou un type qui commande un café, et dans tous les cas tu as l’impression qu’il est au courant d’un secret d’État. Robert Dalban, pareil : présence instantanée. Tu le vois, tu sais que tu es en terrain connu. C’est comme un meuble de bistrot : il n’a pas besoin de parler pour que ça sente le vrai. Françoise Prévost, elle, apporte cette petite touche “cinéma d’avant” qui donne du relief : une actrice qui a vécu d’autres époques, d’autres styles, et qui revient avec une classe un peu mélancolique. Résultat : même si le film n’est pas un monument, il est habité. Et ça, c’est une énorme différence avec beaucoup de comédies plus récentes.


La France de Giscard en toile de fond : chômage, usine, syndicalistes… et téléphone roseC’est ça qui rend le film sympa : on sent l’époque. On est en plein dans cette France qui parle de crise économique, qui a peur pour l’emploi, qui croit encore à “l’usine” comme centre du monde social, et où le patronat essaie d’être “proche des ouvriers” à coups de sourires et de poignées de main.


Édouard Molinaro, c’est rarement “génial”, mais c’est souvent propre, efficace, bien rythmé. C’est un réalisateur qui sait filmer des comédiens, qui comprend la musicalité des dialogues, et qui a ce style “ni trop, ni pas assez” : pas de mise en scène tape-à-l’œil, mais pas de lourdeur non plus. On pourrait dire : Molinaro, c’est un bon costume. Pas forcément haute couture, mais bien taillé, agréable, et tu peux le mettre souvent. Francis Veber, même quand il n’est pas au sommet, il a un truc : il sait faire des personnages qui se mettent dans la mouise tout seuls, et qui creusent encore. Mais ici, c’est vrai : ce n’est pas son écriture la plus mythique. On n’est pas dans le “chef-d’œuvre de construction comique”, mais dans le très bon divertissement, celui qui se regarde facilement et qui a des dialogues qui claquent.


Bon, on ne va pas inventer des histoires “vérifiées par l’INA”, mais on peut dire sans se tromper que ce genre de film, à l’époque, se tournait dans une ambiance très typique : Des tournages rapides : pas 14 prises, pas 12 mois de post-prod. Des acteurs qui bossent : ils arrivent, ils jouent, ils sortent une scène en deux prises, et ils repartent fumer une Gitane en attendant la suivante. Une troupe : beaucoup de seconds rôles se connaissaient tous, se recroisaient de film en film, et ça se sent. Et surtout : un cinéma où les dialogues comptent plus que les effets. C’était souvent un cinéma “de plateau” : les acteurs tenaient le film, et la caméra suivait.

Monsieur-Chien
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le 14 févr. 2026

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