Dans ce film, on retrouve tout l’univers de Emir Kusturica. Pour ma part, j’avais déjà vu Underground, et là, franchement, on reconnaît tout de suite sa patte. On retrouve plein d’éléments qui s’y rapprochent, vraiment, on sent cet univers qu’il a créé, cet univers si particulier, entre poésie, folie douce et ancrage profond dans les Balkans. Le mariage, le voile de la mariée, le personnage de l’handicapé (entre guillemets) cet ami des animaux, un peu à part, qu’on retrouve aussi dans Underground. Tout ça revient, tout ça parle, tout ça vibre.
Le Temps des Gitans, c’est encore une fois une traversée merveilleuse de la vie dans les Balkans. On y sent les peuples nomades, leur quotidien, leurs douleurs, leurs rêves. On plonge dans leurs traditions, leur spiritualité, leur humour, leurs blessures aussi. C’est vraiment un cinéma organique, un cinéma de chair et d’âme. La musique est exceptionnelle, vraiment, elle transporte, les personnages sont incroyables, tous, chacun avec sa folie, sa tendresse, son éclat. Bon, il y avait peut-être des longueurs à certains moments, mais dans l’ensemble, le film est exceptionnel. Cinématographiquement parlant, c’est du bon tart, comme on dit, mais dans le meilleur sens du terme : c’est dense, généreux, débordant. Scénaristiquement, ça tient, ça prend, et dans la mise en scène, c’est du pur Kusturica : entre réalisme et magie, entre farce et tragédie. À la fois, on voit l’amour d’une mère, le poids d’une petite mafia locale, et ce que j’ai vraiment adoré : cette fin. Cette fin est exceptionnelle. C’est vraiment une fin à la Kusturica, une fin où tout explose en apothéose. La fille, suspendue dans une sorte de rêve, et ce fils qui dit à son père : « Je sais que tu ne reviendras pas. » C’est si beau. Si poétique. Et finalement, la vengeance, la tragédie, en musique et autour du mariage. C’est du Kusturica à l’état pur : une mise en scène surréaliste, rocambolaise, complètement folle, et pourtant, tout est vrai, tout est senti. Les Balkans sont retranscrits avec un amour profond, avec une poésie brute, vivante. C’est une fresque poétique de l’histoire des Balkans, oui, mais aussi de l’histoire des nomades, des gitans, des oubliés. On ressort de là un peu étourdi, un peu ému, avec des images plein la tête et des sons plein le cœur. C’est un cinéma qui vit, un cinéma qui danse, un cinéma qui saigne aussi. Mais toujours avec amour.