Dans Le Temps des moissons, Huo Meng filme une agriculture d’avant l’industrialisation massive, un monde réglé par les saisons, le travail de la terre et le rapport fort aux ancêtres.
Très vite, on a le sentiment d’être face à quelque chose qui n’existe déjà plus, ou à peine, un mode de vie fragile, sur le point d’être englouti par la modernité.
Sa grande force, c’est cette impression de ne plus vraiment regarder un film, on est plutôt doucement convié à la vie de ce gamin, à son rythme, à ses silences. Peu à peu, on reconnaît les visages, on comprend les liens, tout s’installe. Le film devient une chronique du quotidien, faite de gestes répétés, de trajets, de travaux agricoles, de moments qui semblent insignifiants mais qui finissent par dessiner tout un monde.
À travers le regard de l’enfant, Huo Meng évoque l’enfance et ses plaisirs simples, mais surtout la précarité, les temps durs, et les problèmes d’adultes perçus à hauteur d’enfant. L’État s’invite dans ce quotidien : politique de l’enfant unique, administration lourde, parfois déshumanisante. La mort n’est jamais spectaculaire ou même quotidienne, mais elle n'est pas loin, en arrière-plan, comme une possibilité.
La mise en scène accompagne cette sensation de vie observée. La caméra bouge peu, le cadre est fixe, et ça vit dedans : des personnages entrent, sortent, reviennent. Les moissons, l’école, les petits rites, les fêtes, les conflits aussi, tout s’enchaîne par tableaux successifs. Ce petit monde solidaire, imparfait, est déjà en train de disparaître, et le film en garde la trace avec une certaine justesse, et ce qu'il faut de pudeur.
Au final, Le Temps des moissons est une chronique sensible, à hauteur d’enfant, avec des images marquantes, une atmosphère prenante, et le sentiment d’une époque révolue, comme dissoute dans le paysage.