Début du 20ème siècle,le jeune Marcel Pagnol vient avec ses parents passer les vacances d'été à la Bastide,leur résidence secondaire nichée dans les collines provençales proches de Marseille.Son grand copain local,Lili des Bellons,n'a que peu de temps à lui consacrer car il doit aider son père aux champs,mais Cécel se rattrape en fréquentant assidument Isabelle,la très prétentieuse fille des châtelains des Bellons,les Montmajour.Il y a du premier amour dans l'air.Suite au diptyque de Claude Berri adaptant "L'eau des collines" en 86,le revival Pagnol s'est poursuivi en 90 avec l'adaptation en deux films des "Souvenirs d'enfance" par Yves Robert.Logiquement,les écrits postérieurs de l'écrivain devaient y passer aussi,ce qui fut fait en 2007 avec les téléfilms de Thierry Chabert "Le temps des secrets" et "Le temps des amours".Quinze ans plus tard,c'est donc Christophe Barratier qui s'y colle avec cette version ciné.Si "L'eau des collines",pure fiction,avait pu donner un bon résultat à l'image,quoique la matière fût un peu légère pour tenir la distance sur deux films,"Souvenirs d'enfance" passe bien à l'écrit car Pagnol a du style mais manque singulièrement d'intérêt pour le grand écran.Il s'agit simplement de ce que le titre indique,et la vie du gamin Pagnol n'est pas si trépidante qu'elle puisse susciter une passion démesurée.Le réalisateur-scénariste Christophe Barratier se heurte donc au même écueil qu'Yves Robert,pour un résultat à peu près identique.On assiste du coup à une sorte de remake du "Château de ma mère",d'autant que ça a visiblement été shooté dans les mêmes décors,avec des scènes entières déjà vues dans le Robert.Mêmes qualités et mêmes défauts par conséquent,beauté des sauvages paysages de garrigue provençale,résurrection d'un monde disparu,celui d'avant 14-18,où l'on pouvait être insouciant et plein d'espoir dans le Progrès,faconde et originalité des personnages et ,côté négatif,récit sans nerf,disputes artificielles entre le laïcard Joseph et le catho Jules,acteurs qui jouent faux et remplissage afin de faire du métrage.Toute la partie traversée des châteaux du film de 90 a disparu,remplacée par quelques nouveautés pas terribles comme la scène de flirt entre Joseph et la boulangère,dont on suggère qu'elle a inspiré à Marcel "La femme du boulanger",l'introduction du personnage folklorique de l'ermite Edmond des Papillons,ou surtout l'apparition d'une séquence féministe manifestement destinée à mettre l'oeuvre au goût du jour,Augustine et Rose,tentées par les thèses des suffragettes, assistant à une réunion de pétasses ou lisant en cachette des journaux de bonnes femmes,scènes particulièrement ridicules.Pour le reste,on refait la version nineties,mais avec des acteurs différents vus que les autres sont morts ou trop vieux pour les rôles.On repart donc avec Marcel et Lili dans la garrigue où l'on piège lapins et oiseaux,où l'on cueille du thym et où l'on combat les serpents géants dans les grottes interdites,une enfance irremplaçable.Ici,Marcel a vraiment l'air d'un sale petit merdeux débile,et l'amour le rend encore plus con qu'il ne l'est déjà.Il a honte de sa famille,ébloui qu'il est par le faste des Montmajour,notamment le père de sa dulcinée,un soi-disant grand poète ne s'exprimant qu'en alexandrins,alors que le mec n'est qu'un pauvre type,un imposteur,un escroc et un alcoolique qui n'arrive pas à la cheville de Joseph,vaillant instituteur de la République.La dernière partie du film,vue aussi dans "Le château",relate la rentrée du gamin à Marseille et ses études en tant que boursier,ainsi que son retour à la réalité.Le jeune Léo Campion est une vraie gueule de raie,joue faux et se montre pire que l'insignifiant Julien Ciamaca de 90.Guillaume de Tonquédec est très bon mais peine à prendre l'accent marseillais,François-Xavier Demaison s'en sortant beaucoup mieux dans le rôle du jovial Jules.Mélanie Doutey,douce et sensible,campe une épatante Augustine,flanquée de la subtile Anne Charrier qui joue Rose.Baptiste Négrel est excellent en Lili,tout comme l'hilarant Octave Charrier qui est Paul,le petit frère encombrant.Olivia Côte n'a quasiment rien à faire,pas plus que Michel Vuillermoz qui gâche son talent en Montmajour.Bruno Raffaelli se plante magistralement en ermite folklo qui connait tous les secrets de la garrigue,alors que parmi les silhouettes se détachent Gérard Dubouche en boulanger potentiellement cocu et Alban Casterman en pion plus courageux que prévu.Note et critique de film de Christophe Barratier publiées précédemment:"La nouvelle guerre des boutons"-3.Moyenne:3,5.