J'ai toujours trouvé les mathématiques fascinantes. Et rassurantes aussi, au sens où elles ne laissent pas de place au doute. Dans leurs systèmes et leurs constructions purement abstraites, une proposition ne peut être incertaine : elle est vraie ou elle est fausse. Mais encore faut-il pouvoir le démontrer : et ça donne des trucs très simples à énoncer, mais complétement embrouillés dès lors qu'il s'agit de les prouver. En particulier pour les nombres entiers : la conjecture de Fermat par exemple (l'équation x puissance n + y puissance n = z puissance n n'a pas de solution pour n supérieur à 2). Énoncée par Fermat en 1665, elle n'aura été démontrée qu'en 1993, à l'aide d'un arsenal théorique qui dépasse très largement mon entendement; sa démonstration formelle fait plus de 1000 pages !
Dans ce film, la protagoniste (Marguerite) s'attaque à une autre conjecture non encore démontrée, celle de Goldbach, qui énonce que tout nombre pair peut s'écrire comme la somme de deux nombres premiers (c'est à dire qui ne possèdent aucun diviseur entier). Plus exactement, elle s'attaque à une étape de la démonstration formelle de cette conjecture. Heureusement, le film évite l’écueil d'entrer les détails mathématiques : il est bien plus centré sur les mathématiciens que sur les mathématiques elles-mêmes et plus spécifiquement sur le personnage de Marguerite, qui, il faut bien l'avouer, peut paraître un peu caricatural en début de film : elle vit dans une chambre à l’École Normale Supérieur, où elle prépare une thèse, et en hante les couloirs chaussée de pantoufles.
Le cours des événements (et une lacune dans l'un de ses raisonnements) va fort heureusement lui permettre de s'ouvrir peu à peu au monde réel. Cela passera par la remise en cause de son mentor, un enseignant-chercheur (en mathématiques) quelque peu usé et incarné par un excellent Darroussin, qui n'en fait pas des caisses et joue juste. Et puisqu'il est question des acteurs, Rumpf est excellente dans un rôle de geek complétement fermée au monde extérieur et obnubilée par la logique : l'interview - pour le journal de l'école - qu'elle donne en début de film est un véritable morceau de bravoure. Tout ça nous fait un film plutôt agréable à visionner et dont la longueur (1h52) n'est pas rebutante. Certes, le scénario est un peu convenu, abuse parfois des clichés et on sent arriver la chute à des lieux. Mais bon, ce côté feelgood movie n'est pas désagréable quand un film est bien interprété et c'est le cas ici.