"Le tombeau des lucioles" n’a pas volé sa réputation de film immensément triste, cruel et déchirant. Comment pourrait-il en être autrement au vu de son sujet – l’histoire de deux orphelins livrés à eux-mêmes face à l’enfer de la Seconde Guerre mondiale – et de la réalisation impeccable de ce bijou d’animation ?
L’émotion suscitée est décuplée par les mises en opposition et les parallèles que trace le film. D’un côté, il y a la douceur de l’enfance et de la campagne japonaise, douceur dépeinte à travers la beauté et la poésie des paysages, mais aussi la simplicité et la joie des moments de la vie quotidienne. De l’autre, il y a toute la violence et l’horreur de la guerre (représentées notamment par le choc de Seita lorsqu’il découvre sa mère, dont le corps a été déchiré de toutes parts), le traumatisme d’un pays ravagé par les bombes et la misère – les populations civiles innocentes se trouvant alors vainement sacrifiées et livrées à elles-mêmes, alors que les dirigeants glorifiés et les familles riches restent bien à l’abri, pour finalement aboutir à une reddition sans honneur et sans reconnaissance ni pour les nombreuses victimes, ni pour les survivants.
Seita et Setsuko nous touchent particulièrement car le film prend le temps de développer leurs personnages et leur lien profond d’amour et de complicité. C’est parce qu’ils nous sont aussi attachants que la tragédie frappe si fortement, même en connaissant déjà l’issue dès le début du film. Leur innocence et leur insouciance enfantines se trouvent sacrifiées sur l’autel de la guerre. D’abord pour Seita, lorsque les circonstances l’amènent à devoir porter sur ses frêles épaules un poids absurde et beaucoup trop lourd – celui des responsabilités habituellement assumées par les adultes : travailler pour sa patrie et pour subvenir aux besoins de sa famille, s’entraîner pour s’engager comme soldat comme son père, assurer la sécurité de sa toute petite sœur. Mais aussi pour Setsuko, qui doit mettre de côté sa vulnérabilité pour affronter la terrible réalité (par exemple lorsqu’elle énonce factuellement la mort de sa mère, alors que Seita lui avait justement caché cette vérité pour la préserver) et faire preuve d’un courage immense face à sa propre détresse (se plaignant si peu et souffrant en silence, comme pour ne pas trop accabler son frère).
Un gamin de 14 ans et sa petite sœur de 4 ans face à la cruauté et à l’indifférence du monde, survivants des bombes mais mourants de faim. Car alors que les ressources s’amenuisent, et lorsque Setsuko tombe malade, atteinte d’anémie due au manque de nourriture, Seita se démène pour la sauver, allant jusqu’à se priver lui-même, voler au péril de sa vie, et dépenser toutes ses économies restantes. Mais il est bien trop tard, et l’impuissance de Seita nous arrache le cœur. Et tout comme lui, il ne nous reste plus qu’à assister à la lente agonie de sa petite sœur, dont les derniers mots achèvent de nous dévaster : « Seita, merci beaucoup ».