Je n’ai pas grand-chose à dire sur ce film, j’ai un peu l’impression d’être passé à côté. Le procédé est proche de celui de The Irishman de Scorsese, sorti peu de temps après, et il m’a laissé aussi froid. Le Traître est peut-être plus abouti visuellement, enfin disons qu’il ne souffre pas de l’absurde vieillissement numérique de De Niro, mais il ne m’a pas plus ému. Au contraire, là où The Irishman a le mérite d’utiliser la vieillesse et la fin de vie de son héros pour souligner l’absurdité des compromissions qu’il a dû faire, le Traître n’est pas exempt d’une forme de glorification.


Alors Bellochio, que je ne connaissais pas avant, souhaite éviter cela : le film mentionne certaines habitudes assez condamnables de son personnage, mais c’est un insuffisant contrepoids au charisme de l’acteur et du personnage qu'il incarne. Là où De Niro engoncé dans les CGI avait un aspect bouffon (ce qui n’était pas si con eu égard au propos du film), Pierfrancesco Favino transpire la classe et inspire le respect au spectateur. Le personnage fascine (certes, c’est déjà pas mal pour un film) mais je n’ai pas l’impression que Bellochio arrive à tordre un peu cette fascination pour en faire quelque chose d’autre. En plus, la violence intrinsèque au personnage ne ressort qu’à la fin du film, elle est trop larvée le reste du temps, on l’oublie presque et c’est assez dommage.


En outre, le film ne propose pas d’autres personnages intéressants que le protagoniste, ce qui me paraît embêtant lorsque l’ambition est de proposer une vision naturaliste et anti-spectaculaire de la mafia. Et comme pour le film de Scorsese et malgré son ambition similaire, aucune place sérieuse n’est faite au personnage féminin. C’est préjudiciable dans la mesure où la vie réelle de Buscetta au-delà des drames du monde mafieux – à savoir l’objet et l’originalité du film – est en particulier déterminée par celle-ci.


Et certes, c’est chouette de voir le juge Falcone. Le personnage historique est génial, mais quel est l’intérêt cinématographique d’en donner une énième incarnation exclusivement courageuse, vertueuse et charismatique ?

Bretzville
6
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le 8 mars 2020

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