8
le 1 nov. 2019
SuivreLe Soprano
Et si Marco Bellocchio était l'un des grands réalisateurs italiens (presque) oubliés par l'histoire ? Depuis le choc de son "les Poings dans les Poches" en 1965, il a réalisé près d'une cinquantaine...
Il y a un compteur qui se déclenche dans un coin de l'écran, 10 minutes après le début, et qui défile tout seul, sans qu'on comprenne ce qui est en train d'être dénombré. On pigera très vite que c'est l'égrènement des morts d'une énième guerre des mafias, dans les années 80. Celle-ci fera plus de 1000 morts en Italie et en Sicile, provoquera une légitime émotion populaire, et l'exil de Tommaso Buscetta, chef mafieux du côté des perdants de la guerre et qui voit sa famille décimée. Deux de ses fils seront exécutés. C'est le fond historique, réel, de ce film, sur ce mafieux qui a fui, a été arrêté et extradé et a décidé de se venger en coopérant avec les juges et la police. C'est donc un "film de mafia", mais c'est un film de * vraie * mafia. Les "hommes d'honneur" ne sont ni beaux ni classieux, il n'ont pas de jolie musique qui les accompagne, contrairement à Hollywood, ils ne sont pas "cools". Ils sont ce que sont les véritables mafieux : des ordures amorales et brutales, obsédées par le fric, qui ne reculeront devant aucune violence pour le pouvoir et l'avidité. Il faut voir la scène où le juge Falcone renvoit balader son repenti qui pleurniche sur le gangstérisme d'antan "qui avait des valeurs" : il y a jamais eu de valeurs dans la Mafia. C'est le mérite du film de nous montrer cette réalité déglamourisée, à hauteur d'homme, sans esthétisation de la violence. Dans les films de Scorsese, le personnage de Joe Pesci et ses pétages de plomb sont présentés comme une excentricité à la violence débordante, une sorte d'anomalie dans le milieu. On se rend vite compte que loin d'être l'exception, les Joe Pesci mafieux du monde réel sont la norme. Et fringués en moche, aussi. Et plus ils ont l'air insignifiants et falots, plus ils sont dangereux, à l'image du terrifiant Toto Riina, véritable tueur en série qui n'hésitera pas à sacrifier femmes et enfants à sa voracité. Un peu long peut-être mais très dense, tout entier porté par les solides épaules de Pierfrancesco Favino en homme revenu de tout et qui se rachète une conscience sur le tard, on valide Il Traditore pour son entreprise de déconstruction du mythe Cosa Nostra où à la fin ne reste que des hommes petits et méchants.
Créée
le 9 juin 2024
Critique lue 17 fois
8
le 1 nov. 2019
SuivreEt si Marco Bellocchio était l'un des grands réalisateurs italiens (presque) oubliés par l'histoire ? Depuis le choc de son "les Poings dans les Poches" en 1965, il a réalisé près d'une cinquantaine...
8
le 26 mai 2019
SuivreMême si le nom de Marco Bellocchio attisait déjà l’intérêt des festivaliers, Il Traditore n’était pas le film le plus attendu de la Compétition. Pourtant, au sortir de la séance de gala au Grand...
8
le 29 oct. 2019
SuivreDans les années 80, la guerre fait rage au sein des différents clans de la Mafia. L'un de ses membres, Tommaso Buscetta, va briser la loi du silence et livrer des révélations qui permettront au juge...
8
le 22 août 2024
Suivre300 Millions de Blake Butler est, en soi, un roman “racontable” : il a une histoire qui tient sur un plot central d’apparence connue. Un serial killer rassemblait et gouroutisait des jeunes hommes...
7
le 22 août 2024
SuivreComme elle le dit elle-même : un jour, elle n’a plus pu. Ovidie, autrice, réalisatrice, en a juste eu marre de coucher avec des hommes qui s’occupaient mal d’elle. Depuis plus de 4 ans, elle fait la...
9
le 22 août 2024
SuivreRevoir Va et Regarde d’Elem Klimov m’a donné l’envie de relire Kaputt, que j’avais découvert à l’adolescence et qui avait été un choc littéraire absolu. Plus important encore, à mes yeux en tout cas,...
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème