Jean Gabin, dans la dernière partie de sa carrière, continue son petit bonhomme de chemin entre les rôles de flics, de juge, de truand et de paysan patriarche. Ce sont tous des films qui, sans être géniaux, se regardent avec plaisir. Les histoires sont bien construites et on y retrouve le Gabin qu'on a vu mille fois dans les mêmes types de rôle. J'ai juste omis dans la liste le seul que je n'aime pas du tout et qui fait trop fin de carrière, pour le coup, "le chat".
Le film raconte la traque d'un voyou (le tueur) psychopathe évadé, un "chat sauvage" par le commissaire divisionnaire Le Guen, un breton têtu, fatigué de courir derrière les mêmes malfrats que d'autres contribuent à remettre dans le circuit. Ici en l'occurrence, le criminel, Gassot, déjà condamné à perpète, s'arrange pour être déclaré fou afin de s'évader plus facilement…
Ce film présente un intérêt, c'est le face à face avec un autre dinosaure du cinéma, Bernard Blier qui joue le rôle du directeur de la PJ et chef de Gabin …
C'est assez astucieux, de la part de Denys de La Patellière, d'avoir placé comme chef de Gabin quelqu'un de la même génération qui devient ainsi crédible pour tenter de faire moderniser les méthodes employées par Gabin. Là, on n'est pas, entre les deux "monstres", dans le combat au sabre mais plutôt au fleuret moucheté. Blier est le tenant des méthodes "à la loyale", basées sur les progrès de l'époque notamment l'utilisation de l'ordinateur ou l'exploitation des données statistiques. Gabin est plutôt partisan des méthodes d'infiltration, de manipulation des témoins ou des indics. L'un parle des moyens du bord et l'autre parle, en définitive, de l'amélioration des moyens du bord.
Ce qui est amusant, c'est que la police (du futur, post 1972) usera toujours des deux méthodes qui ne sont d'ailleurs pas incompatibles. C'est peut-être d'ailleurs le message du film que tous les moyens sont bons au bon moment … C'est donc un film qui prend aujourd'hui un relief inattendu car il dessine la police d'aujourd'hui. D'ailleurs si on se réfère aux films policiers actuels, on se rend bien compte de l'actualité du film "le tueur" où les flics jouent sur tous les tableaux pour avancer et traquer un suspect.
Pour ce qui concerne la distribution.
Jean Gabin est dans la continuité des rôles de flic puis de commissaire puis de divisionnaire et implicitement, le spectateur le met en perspective avec ses rôles de flic plus jeune. Et le spectateur n'est pas étonné des réactions dans ce film, correspondant à un flic avec quelques années de plus et proche de la retraite. Un peu moins sur le terrain, un peu plus au bureau, il délègue plus volontiers et fait un peu plus confiance.
Bernard Blier est la bonne surprise du film. Son personnage est un peu plus loin du terrain (qu'il a aussi connu), il est un peu plus politique (c'est pour ça qu'il est devenu chef …). C'est normal qu'à son niveau, il ait une vue plus morale du métier. Quand je regarde ce film, je me dis que ce ne doit pas être de la tarte tous les jours de se farcir un subordonné comme Gabin. Les discussions entre Gabin et Blier sont très savoureuses et très crédibles.
Le personnage du tueur, Gassot est interprété par un volcanique Fabio Testi superbe en homme sur le qui-vive, toujours aux abois. "Il est fou mais pas dingue" dira Gabin …
J'aime bien le personnage de Gerda jouée par une actrice allemande Uschi Glas (que je ne connais pas du tout). J'ai bien aimé la touche humaine apportée par le scénario entre les personnages Gassot et Gerda qui n'ont plus grand-chose à perdre sinon leurs rêves d'évasion dans un monde meilleur (Bogota … enfin, bon, faut y croire)
Reste Depardieu dans un de ses premiers rôles dans le personnage d'un mouton. Déjà à l'époque, quelle présence à l'écran !
"Le tueur" est un polar que je trouve intéressant et qui soulève quelques questions de fond sur le fonctionnement de la police et ses méthodes dans les années 70 vues à travers deux vieux flics. Leurs successeurs s'en arrangeront naturellement. Toujours avec les moyens du bord…