A l’instar de Werner HERZOG, Barbet SCHROEDER alterne réalisations de films de fiction et documentaires, il s’agit ici d’un documentaire, qui dresse le portrait glaçant d’un moine bouddhiste très influent en Birmanie, dont le discours et la haine mèneront aux massacres inter ethniques et inter religieux qui marqueront l’histoire du pays.
Concluant la trilogie du mal, entamée avec son portrait du dictateur Idi Amin Dada, poursuivie par celui de l’avocat Jacques Verges, Schroeder par une approche quasiment anthropologique de son sujet, dévoile les rouages et les mécanismes subtils qui conduisent à ce genre de drames. Le documentaire montre, sans juger, le jugement étant laissé à la charge du spectateur, à qui l’on estime le droit et la capacité et l’humanité adéquats de le faire sans le concours d’une voix off explicative ou d’un commentaire moralisant.
Le film m’a marqué principalement pour une raison, c’est la dichotomie qui existe entre ce personnage, bonhomme, jovial, incarnant une philosophie de paix, de compassion, cette attitude zen et son discours haineux, raciste, islamophobe que l’on entend d’habitude sortir de la bouche et de la pensée de personnages exaltés, dont les colères et les frustrations marquent le physique et les comportements. Prenez les oraisons sinistres de Adolf Hitler ou les exaltations cliniques de Jean-Marie Lepen, on s’attend à la haine, elle semble presque logique face à eux, ici au contraire tout est dit dans le calme, le sourire aux lèvres et l’effet n’en est que plus effrayant, l’influence sur la communauté que plus grande et le résultat presque plus effarant.