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le 20 mai 2014
Suivre6 1/2 buildings
Bien vite balayées, les mondanités laissent place sans coup férir à d'acerbes échanges, fielleux et assassins. Le ton est noir, la lumière tamisée. L'obscurité fait loi, dans les cœurs et les...
Surement l'un des rares films de Peter Greenaway facilement accessible, qui n'use pas constamment de la radicalité habituellement chère à son réalisateur. Le cinéaste est réputé pour ses choix esthétiques expérimentaux, expressionnistes, baroques, très colorés, décalés, etc. Ici, une mélancolie s'empare de tout cela et atténue l'exercice de style, atténue la radicalité. Comme si la fougue et la folie de Greenaway se peuvent totalement éclore, plaquées dans l'ombre d'une intimité qui se désagrège.
Cela se concrétise aussi dans l'approche qu'a Greenaway des paysages de la ville de Rome, dans la manière qu'appréhende son personnage principal (atteint de maux de ventres, subissant une concurrence, éprouvant de la jalousie, etc). Rome, c'est une architecture toujours aussi impressionnante, flamboyante, grandiose, portée sur l'élégance. Mais c'est aussi une architecture vieillie, majoritairement en ruines, comme si le temps avait laissé échapper toute bâtisse et toute couleur / lumière.
La richesse culturelle de Rome est tour à tour le fantasme du protagoniste, une projection de ses angoisses, puis l'abîme étouffant/absorbant ses désirs. Chaque élément du décor architectural n'est plus qu'une perception de l'esprit, mais devient la manifestation sensorielle et organique des souffrances & traumatismes qui traversent le protagoniste architecte. Il y a un contraste très fort (et très intéressant) entre la façon dont s'imposent les monuments à l'image (et donc à l'œil) et la vulnérabilité éprouvée par le protagoniste quand il en est proche.
Comme s'il s'agissait une méditation de plus en plus mortifère sur l'art : la création avant la dépossession, l'épreuve du temps qui passe, la reproduction et la concurrence. Ici, l'humain – ce qui le rend civilisé et vivant – se perd dans ces grands espaces. Ca pourrait être un film de fantôme, celui des monuments romains ou celui des architectes ayant façonné Rome, qui hante et perturbe les humains et leurs ambitions. Le poids de l'Histoire (de l'art) entraîne la solitude, aussi bien physique qu'émotionnelle.
Créée
le 10 août 2026
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