Sans être le plus ambitieux ni le plus abouti des films muets de L'Herbier, ce mélodrame possède tout de même un certain nombre de qualité notables, malheureusement diluées durant 2h20. Celà permet certes de s'attarder sur la psychologie et les états d'âmes des personnages, mais sans pour autant gommer les réserves d'un scénario pas très subtil et dont certains effets "dramatiques" virent presque au running gag comme l'arme à feu que dégaine à tout bout de champ le général. C'est d'ailleurs l'un des reproches principales que l'on peut formuler envers le film : un "méchant" sans grande subtilité et dont la dimension pathétique n'est pas assez marqué pour qu'on puisse le percevoir autrement que comme un obstacle basique à la réunion des amoureux. L'interprétation est d'ailleurs un peu défaillante ou parfois trop théâtrale, surtout pour Emmy Lynn dont on se demande parfois ce qui provoque l'adulation immédiate de Jacques Catelain.
En revanche, et une nouvelle fois avec le cinéaste, la direction artistique est plutôt solide (même si l'ouverture en Russie trahisse une reconstitution manquant de budget) avec un agréable noir et blanc, un soin évident aux décors et aux mobiliers, et l'intensité dramatique reste quoi qu'il en soit bien présente sur plusieurs séquences qu'elles soient de l'ordre de l'intime ou du tumulte comme lors d'une soirée mondaine.