Dupieux, malgré des films qui peuvent parfois diviser, continue de susciter une curiosité immédiate dès qu’il annonce un concept. Il suffit souvent d’une seule idée pour donner envie d’y aller : ici, deux personnages, incarnés par Alain Chabat et Jonathan Cohen découvrent qu’ils vivent dans une simulation. On ne sait rien de plus, mais cette simple base suffit à éveiller l’intérêt.
Pour autant, une forme de prudence s’installe. Même si j’ai pu apprécier à certains moments Full Phil, j’ai parfois le sentiment que le cinéma de Dupieux s’inscrit dans une série de films au potentiel fort, mais dont le format long étire des idées qui auraient parfois gagné en efficacité dans des formats plus courts.
Le Vertige marque néanmoins un retour vers un cinéma plus artisanal. Dupieux y valorise un véritable travail collectif, notamment en collaborant avec des étudiants utilisant Blender pour construire son univers. Cela donne naissance à un monde étrange, proche des premiers jeux Les Sims ou d’une esthétique de PlayStation 1. Une image volontairement datée, presque rudimentaire, mais qui participe pleinement à la création d’un univers singulier.
Le cinéaste ne se contente pas de représenter cet univers : il s’y amuse constamment. L’humour ne passe pas ici par les dialogues ou la mise en scène classique, mais directement par les “bugs” de la simulation. Un enfant qui apparaît en un instant, un personnage doté de huit doigts… autant de déformations du réel qui deviennent des gags à part entière. Ces situations évoquent aussi une forme de nostalgie liée aux jeux vidéo anciens, où les contraintes techniques produisaient malgré elles des effets absurdes.