Le Vertige m’a laissé la désagréable sensation de m’être fait avoir. Non pas que le film possède un twist final qui m’ait impressionné et retourné le cerceau – n’est pas Night Shyamalan ou Alejandro Amenábar qui veut –, c’est plutôt une sensation de ne pas en avoir eu pour mon argent. Tel Cyrano, je suis sorti de la salle avec l’envie de m’exclamer « Ah ! non ! c’est un peu court, jeune homme ! / On pouvait dire… Oh ! Dieu ! … bien des choses en somme… » !
Du haut de ses 1h07, Le Vertige donne en effet l’impression de se cantonner au minimum syndical, et de ne pas proposer grand-chose de plus que ce que montrait déjà la bande-annonce. Pire, ce trop-long-court-métrage donne l’image d’un film qu’on aurait étiré pour passer la barre symbolique des 1h. Entre le ventre-mou du milieu, les génériques de début et de fin, et les séquences de making-of montrant les fous rires de l’équipe et les prises ratées, on est à deux doigts de se demander si on ne se fout pas un peu de notre gueule. On sait que Quentin Dupieux est coutumier des films courts (sont plus long film est Wrong, sorti en 2012, et dure 1h34), mais plutôt que de produire à la chaîne des films à concept peu consistants (Dupieux sort en moyenne 2 films par an, nous aurons également en fin d’année Full Phil, qui était présenté en Séance de Minuit au Festival de Cannes), on aurait apprécié ici un scénario avec un peu plus d'envergure. Bien que plutôt appréciés du public, des films comme Yannick ou Le Deuxième Acte m’avait déjà laissé ce même sentiment de fin totalement bâclée.
Pourtant, je l’avais senti venir ! Pour rentabiliser ma sortie ciné, je m’étais prévu un double programme : Backrooms d’abord, puis Le Vertige ensuite. Bien que sur des thèmes très différents, je trouve que les deux films ont un point commun majeur : celui de ne pas arriver à se détacher de leur concept de base pour proposer un scénario original et développé. Dans un cas comme dans l’autre, l’idée initiale est chouette, mais on reste finalement sur sa faim.
Le vertige du titre, c’est celui de l’existence. Jacky – ça fait toujours autant plaisir de retrouver l’excellent Alain Chabat, le bonhomme possède un capital sympathie tellement énorme ! – est persuadé d’une chose : l’humanité vit dans une simulation, le monde n’est pas réel. Il se rend chez son ami Bruno – interprété par Jonathan Cohen, et pour le coup j’ai beaucoup plus de mal avec cet acteur « comique » - pour lui annoncer la nouvelle et le convaincre de sa théorie. Ensemble, ils vont égrener les preuves et les bugs pour valider cette thèse. Ici, un oiseau est bloqué et vol en sur-place. Là, une boulangère possède 8 doigts à chaque main. Ici, un homme ne possède pas de jambes et flotte miraculeusement dans l’air. Au total, la liste des preuves de Jacky compte plus de 250 entrées.
Aux 2/3 du film, une importante ellipse a lieu et l’on retrouve nos personnages 15 ans plus tard. Impossible de ne pas rapprocher cette dernière partie du Gourou de Yann Gozlan avec Pierre Niney sortie un peu plus tôt cette année. Sans trop en révéler, les rôles des deux copains se sont inversés et c’est Bruno qui a profité des découvertes de Jacky pour s’enrichir, devenant au passage un mec encore un peu plus détestable...
On regrettera le rôle très en retrait d’Anaïs Demoustier dans le personnage de la femme de Bruno. Son unique arc narratif se résume à râler quand son homme passe trop de temps à vadrouiller à l’extérieur, et à mettre au monde une petite fille, Claude, dans une séquence plutôt réussie – et intégralement présente dans la bande-annonce.
La principale idée du film est finalement l’animation, faite de grossier design 3D façon GTA ou d’autres jeux vidéo en monde ouvert, où les petits défauts collent parfaitement avec le concept de la simulation.
S’il faut croire que Dupieux reste trendy dans le microcosme du petit monde cinéphile – Le Vertige a eu les honneurs de la Clôture à la Quinzaine des Cinéastes cette année – j’ai le sentiment que le grand public commence à se lasser des expérimentations cinématographiques du réalisateur. Sauf sursaut exceptionnel d’exploitation, Le Vertige est bien parti pour être le plus gros four du cinéaste sur les dix dernières années : il faut remonter à 2015 et son film Réalité pour trouver un tel revers dans sa filmographie.