Dans la galaxie des films Dupieussiens, où l'absurde est un ingrédient essentiel qui en fait un genre à part entière, ce 15-ème long métrage est sûrement le plus étonnant voire détonnant.
Sous la forme d'une animation délibérément vintage, ce film peut être considéré comme une farce située quelque part entre la supercherie et le coup de génie, ce qui en fait une curiosité réelle et pour le moins originale, d'autant qu'il a été présenté en clôture de la quinzaine des réalisateurs de Cannes 2026.
Avec une durée très limitée de 1h07, qui se voudrait presque comme un pied de nez aux productions actuelles de plus en plus fleuves, Quentin Dupieux arrive à concocter un vrai scénario, avec des rebondissements et quelques surprises jusqu'à la fin.
Selon une approche philosophique et disons le quasi métaphysique, le film pose une question existentielle de la réalité du monde dans lequel nous vivons, faisant croire que nous sommes en permanence dans une simulation bourrée d'anomalies. En outre, il nous invite à observer le reflet que nous renvoie tout miroir qui serait en fait notre vraie personnalité !
Le miroir comme objet philosophique est ici intéressant car au-delà de ce que nous y voyons, il nous invite à la réflexion de qui nous sommes. Des 3 personnages principaux qui tombent dans ce panneau sous la forme d'un miroir aux alouettes, l'un d'entre eux arrive même à en faire un business véreux, comptant sur la crédulité des foules, à l'instar de Matt dans le récent film Gourou, dont on a l'impression que Dupieux fait la satire.
La mise en scène est assez simpliste, voire frugale en possibilités de mouvements et d'interaction, avec seulement quelques caméras virtuelles qui fabriquent ce film d'animation. Ceci accentue l'idée que nous sommes dans cette simulation imparfaite, et ce n'est pas sans rappeler le jeu GTA : Vice City du début des années 2000. On est bien évidemment à contre courant des technologies CGI actuelles d'animation voire de l'IA, parfaites, mais qui n'auraient pas produit l'effet escompté, avec un budget au centuple.
La seule concession au réalisme que s'autorise Dupieux est de faire reconnaître les traits des personnages principaux (Alain Chabat, Jonathan Cohen surtout, et dans une moindre mesure Anaïs Demoustiers et Jean-Marie Winling, tous habitués du réalisateur à des degrés divers) et qui ne font ici que prêter intelligemment leur voix. A noter aussi la présence de deux enfants, qui ne manquent pas de jouer un rôle surprenant à la fin du film, la vérité ne manquant pas de sortir de leur bouche.
Bien sûr à chacun de voir où on l'on se situe entre l'aberration et le génie, mais si au début on a du mal à y croire, l'évolution du film, ses rencontres surprenantes et sa fin elliptique en font un objet cinématographique type ovni très intéressant.
Quentin Dupieux détient-il ici un nouveau filon qu'il pourrait faire fructifier pour d'autres films ? Bien évidemment cela dépendra de l'accueil du public, mais ce réalisateur est devenu un tel phénomène en 15 longs métrages.
Et des créatifs comme lui, le cinéma français en a besoin.