Peut-être qu'on commence à se fatiguer des films de Dupieux : trop fréquents, suivant un programme devenu prévisible à force d'être imprévisibles, manquant finalement souvent leur cible en dépit de prémisses excitants ? Et ce n'est pas le Vertige qui va fondamentalement changer la donne.
Au départ, l'idée est toute simple mais assez géniale. Si l'on en revient aux débuts des images "réalistes" dans les jeux vidéos, les bugs fréquents qui caractérisaient l'ère des pionniers de l'image synthétique étaient évidemment des irritants pour les joueurs... Mais Dupieux imagine que les personnages eux-mêmes des jeux s'aperçoivent de ces aberrations dans leur univers, et en tirent une conclusion "logique", et vertigineuse : "ce que nous pensons être réel ne l'est pas, nous vivons sans doute dans un univers fictif. Mais qui en est responsable ? Et pourquoi ?". Soit une nouvelle illustration d'un thème classique de la SF littéraire, puis cinématographique, rendu - style Dupieux exige - comique plutôt qu'angoissant.
Le problème est que, une fois le sujet exposé, le film n'en fait pas grand chose pendant un bon moment, et on s'ennuie, ce qui est un comble pour un film aussi court. Chabat et Cohen eux-mêmes semblent littéralement "flotter", sans dégager leur habituelle énergie comique, et ce n'est guère que l'obsession du personnage joué par Demoustier, avec ses soucis financiers, qui nous tire un peu de notre torpeur.
Aux deux tiers du film, Dupieux semble réaliser qu'il est temps de changer de sujet, en passant à une caricature pertinente de la "monétisation" - typique du charlatanisme de notre époque - de la situation, aussi anxiogène soit-elle. Une autre jolie idée, mais qui ne débouche pas sur grand chose, une impasse dont Dupieux se sort via une pirouette finale, habile mais assez gratuite.
Une déception.
[Critique écrite en 2026]