Premier film de Pierre Tchernia , l'incontournable monsieur cinéma de la télévisons française des années 70/80, Le Viager s'est forgé au fil du temps une place de choix parmi les petits classiques de la comédie française. Le film écrit en collaboration avec René Goscinny est en effet une agréable fantaisie légèrement acide dont on retiendra surtout le jeu (au sens le plus ludique du mot) du casting.
Le film nous raconte l’histoire de Louis Martinet un vieil homme fatigué dont le médecin ne donne guère plus de deux ans avant de bouffer les pissenlits par la racine. Sentant le bon plan ce même médecin organise la vente en viager de la maison secondaire à Saint Tropez de ce cher Martinet, mais le bougre va s'avérer bien plus résistant que prévu. Pire encore ce bon Martinet semble devenir increvable à mesure qu'il s'épanouit au soleil.
Un bonne partie du plaisir à revoir le film plus de cinquante ans après sa sortie tient dans son très bon casting et sur les bon mots de René Goscinny à la fois scénariste et dialoguiste en compagnie de Tchernia. Michel Serrault qui restera fidèle à Pierre Tchernia sur tout ses films cabotine ici joyeusement en retraité increvable et plein de fantaisie alors qu'on ne lui prédisait que deux ans avant de cadancher. Dans le rôle de son médecin peu perspicace on retrouve Michel Galabru absolument merveilleux en râleur un peu suffisant qui ponctue toute ses infructueuses et nombreuses prédictions sur l'avenir d'une cultissime réplique : "Faite moi Confiance". On sent de toute façon chez Pierre Tchernia un véritable et profond amour de la comédie, des acteurs et actrices avec un casting tout de même assez costaud dans lequel on retrouve en vrac Rosy Varte, Claude Brasseur, Gérard Depardieu, Yves Robert, Jean Pierre Darras, Odette Laure, Jean Carmet, Noël Roquevert, Jean Richard ou encore les frères Preboist. Quant à Pierre Tchernia il s'offre une petite apparition tout comme son complice de télévision Jacques Rouland (La caméra cachée), il faut aussi noter ce petit détail amusant avec Yves Robert qui croise dans le film une troupe de scouts qui chantent qu'un éléphant ça trompe énormément. Si dans un premier temps l'entourage et la famille du docteur Galipeau souhaite simplement voir le vieil homme mourir le plus vite possible tout en désespérant de sa grande résistance, ils finiront par vouloir carrément forcer le destin en le poussant du pied vers la trombe. On sent toutefois que ni Pierre Tchernia, ni René Goscinny ne sont des vilaines personnes et que l'humour noir dont pouvait se ternir le récit reste toujours sur un registre très bon enfant. De la même manière lorsque les deux compères égratigne et griffe un peu la grande histoire de France (le film couvre tout de même quarante ans dont la seconde guerre mondiale) ils le font avec les ongles courts, tout propres et bien limés. Ainsi lorsque les Galipeau dénonceront par deux fois Martinet durant la guerre ce sera une fois comme espion allemand et une autre fois comme complice de la résistance lors de l'occupation, le film évite ainsi assez poliment les nombreuses dénonciations de juifs et la question de la déportation.
Globalement la mise en scène de Pierre Tchernia et les petites astuces narratives permettent de faire glisser sans problème quarante ans en un peu plus de 90 minutes le tout avec quelques idées amusantes comme la répétition des actualités diffusées dans un cinéma. Pourtant il faut bien reconnaître que le film s'essouffle aussi parfois un peu dans son schéma forcément un peu répétitif et l'intrigue n'aurait guère souffert d'être parfois un peu plus resserrée notamment dans son dernier acte autour du fils Galipeau interprété par Claude Brasseur. Des défauts qui restent assez minimes devant le plaisir d'un divertissement simple et amusant.
Le Viager est au final une sympathique comédie bon enfant mais teinté d'un léger soupçon d'humour noir pas désagréable. Ne serait ce que pour le plaisir de voir Serrault et Galabru s'amuser dans une rivalité féroce et amicale le film mérite bien 97 minutes de notre temps.