Cette mésaventure pourrait être la vôtre. C’est peu ou prou le message passé par les cartons d’introduction du Voyage de la Peur, une invitation à une virée pas comme les autres, sur une route où chaque coup d’œil au rétroviseur peut être le dernier.


Dans Le Voyage de la Peur, tout va tourner autour de la figure mystérieuse et intimidante de ce tueur itinérant, qui a recours à l’auto-stop pour voyager, et qui laisse derrière lui une pile de cadavres, sacrifiant ses infortunés conducteurs sur l’autel de la discrétion. Forcément, quand on découvre notre duo de protagonistes, on sait déjà qu’ils croiseront le chemin de ce tueur des routes à un moment ou à un autre. Toute la tension va se cristalliser de ce dernier, dont le visage est volontairement caché lors de l’exposition de ses premiers meurtres pour conférer à cet homme une aura fantomatique et terrorisante.


Lorsqu’il nous apparaît enfin, la mort dévoile son visage, et débute un cauchemar pour les deux autres protagonistes du film. Le Voyage de la Peur offre ainsi un exercice de style intéressant où l’habitacle devient une véritable cocotte minute où la pression ne fait que monter, laissant le spectateur dans l’angoisse d’une inexorable explosion. Forcés de devoir répondre aux exigences du tueur, les deux hommes poursuivent leur route, et chaque arrêt et chaque rencontre est l’occasion de renouer avec ce qui donne un sens à la vie, et nécessite de se rebeller pour se défaire du joug du tueur.


Pour ajouter un peu de piment, Ida Lupino lui a attribué une caractéristique physique selon laquelle un de ses yeux ne se ferme jamais, garantissant que chacune de ses siestes ne pourrait être une opportunité de fuite, à défaut de savoir s’il a bien sombré dans les bras de Morphée ou non. Les amateurs de road movies pourront donc trouver ici un film à leur convenance, dans un ton qui oscille entre le thriller et le film noir. Il est intéressant, par ailleurs, de rappeler le nom de la réalisatrice, Ida Lupino, un nom féminin qui figure parmi les rares de l’époque à s’être distingués à Hollywood, faute de beaucoup de représentantes féminines derrière la caméra à l’époque.


Dans son exécution, Le Voyage de la Peur remplit parfaitement son rôle et offre une bonne heure de frissons tout au long de ce funeste voyage. Pour le spectateur contemporain, il manquera probablement de matière, allant beaucoup à l’essentiel, quelques rebondissements venant rythmer l’intrigue, qui va prendre un chemin bien plus attendu, quant à lui. Ainsi, on peut considérer que le potentiel affiché aurait pu donner lieu à davantage de profondeur chez les personnages, l’exploration de plus de pistes de réflexion, etc., pouvant donc laisser un goût d’inachevé. Mais on ne boudera pas notre plaisir et l’histoire dont s’inspire ce film inspirera elle-même un autre film connu avec Rutger Hauer en 1986 prouve qu’elle a un aspect aussi intemporel que terrifiant.

JKDZ29
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le 3 déc. 2025

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