Avec Lenny Cooke, les frères Safdie prennent le contre-pied du documentaire sportif classique. Plutôt que de glorifier ou de juger, ils observent — et c’est là que leur style fait mouche. En mêlant images d’archives brutes et séquences contemporaines dénuées d’artifice, ils installent une tension silencieuse entre ce que Lenny Cooke a été et ce qu’il est devenu.
Leur approche est volontairement désordonnée, presque chaotique, à l’image de la trajectoire de leur sujet. On reconnaît ici la patte des Safdie : une caméra qui colle à la peau, une narration éclatée, une fascination pour les marges. Mais contrairement à leurs fictions nerveuses (Good Time, Uncut Gems), ce film joue sur la retenue. Aucun montage frénétique, pas de musique invasive — juste le réel, parfois cru, souvent mélancolique.
C’est cette pudeur stylistique qui m’a marqué, bien plus que le récit lui-même. Même si le film souffre par moments d’un manque de cohésion narrative, il s’impose par sa manière unique de capter l’échec, non comme chute spectaculaire, mais comme effacement progressif. Une disparition à la fois intime et universelle, filmée avec justesse.