Avec Les Aigles de la République, Tarik Saleh clôt sa trilogie dédiée à l'Egypte (pays de son père), après Le Caire confidentiel (2017) et La Conspiration du Caire (2022). Ici, on s'intéresse à la vie de George Fahmy, l’acteur le plus adulé d’Egypte. Un acteur vraisemblablement opposant du régime, mais qui se voit obligé d'accepter le rôle principal d'unbiopic à la gloire du président Abdel Fattah al-Sissi (véritablement en poste au sein du pays depuis 2014).

Et là où on pourrait s'attendre à un récit très à charge, âpre et dramatique, le film opte plutôt pour la satire politique légère. Le cinéaste suédois offre un tempo comique redoutable, plongeant son spectateur dans un monde de guignols pourris par l'argent (et la misogynie). Qualifiant par exemple le coup d'état de 2014 en simple révolution populaire, ou l'adhésion au régime de pur patriotisme. On se souviendra tout particulièrement de cette fantastique scène de repas entre hauts dignitaires de l'État, brassant toute la facticité relationnelle de ces sphères intouchables (Cheikh Zoubir...).

Et malgré cette facette de pure comédie, le film reste un geste militant d'une puissance assez dingue. Il questionne tout particulièrement l'importance majeure du soft power, et de la propagande s'immisçant insidieusement dans l'art, afin de toujours mieux contrôler les populations. Mais aussi l'hypocrisie des privilégiés, à commencer par cet acteur, incarné par l'excellent Fares Fares. Revendiquant en permanence son intégrité et ses convictions personnelles (« je ne travaille pas pour le régime »), et s'engouffrant pourtant peu à peu dans le confort offert par les avantages de sa position. Tout le reste du casting est par ailleurs excellent, en plus d'une très bonne BO signée Alexandre Desplat, tout en subtilité.

Un récit passionnant, qui va malheureusement finir par un peu s'étioler. Le milieu du long-métrage sombre dans un ventre mou conséquent, avec une écriture qui commence à bégayer. Se perdant dans des histoires de coucheries et d'abrutissement par les privilèges, où tout semble subitement un peu vain et facile. Le ton se veut plus sérieux, mais ironiquement, le film raconte beaucoup moins de choses.

Pour autant, on sent qu'une tension latente émane du long-métrage. À l'instar d'un piège mortel, qui pourrait se refermer sur son protagoniste principal à tout moment. Et ça ne manque pas : après environ 1h30 de film, l'œuvre bascule, et le rire laisse place à la violence inéluctable de ce régime. Le long-métrage reprend alors du poil de la bête, dans sa critique acerbe des institutions et de cette dictature ravageuse. Et ce, jusqu'à un sursaut d'action complètement inattendu.

Un très bel objet de cinéma donc, oscillant entre grosse drôlerie et drame politique, malheureusement entaché par un ventre mou considérable.

7,5/10


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le 27 mai 2025

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