C'était à craindre et c'est malheureusement ce qui a fini par se produire.

Aussi sûrement que deux points forment une ligne, ces Aigles de la République confirment une trajectoire déjà initiée par Le Caire confidentiel et la Conspiration du Caire.


D'accord, le cinéma de Tarik Saleh reste formellement élégant, avec une belle photographie sableuse, un goût consommé pour les jolies pièces et le joli mobilier, mais il n'empêche qu'il y a derrière tout ça une formule usée ; d'autant plus usée qu'elle n'était déjà pas très solide de base.

Car voir un film de Tarik Saleh, c'est un peu toujours voir le même film, portant le même propos, au service de la même démarche. (C'est du moins le cas depuis qu'il s'est lancé dans ce que d'aucun aiment à appeler sa « trilogie cairote »).

Il s'agit à chaque fois d'être critique de l'Égypte contemporaine, de sa dictature, de sa corruption et de la collusion qui s'opère entre politiques et religieux... Pourquoi pas, me diriez-vous ? Oui mais le problème c'est que ce n'est jamais bien subtil et que ça se réduit rapidement à de l'illustration un peu bas du front.


Alors bien sûr, je ne me doute pas un seul instant que l'Égypte d'al-Sissi ne soit pas une panacée pour qui la subit au quotidien, tout particulièrement quand on fait partie des populations ciblées par le régime. Il n'empêche qu'on parle de cinéma, là. On parle d'un art censé transcender les situations pour donner vie à des moments et à des gens. Or, moi quand je regarde ces Aigles, la vie, je la cherche.

Même si on a connu pire dans le genre, ça reste descriptif au possible. On finit toujours par dire les choses au cas où si l'évidence ne suffirait pas. Et chaque scène ne fait que compléter l'abécédaire de l'oppression d'État à l'encontre des gentilles gens.


Un peu à la façon de son protagoniste principal qui bande mou, le cinéma de Saleh peine ici à trouver le viagra formel susceptible de nous faire passer la pilule. Et comme l'auteur semble se rendre compte que les beaux éclairages dans les beaux intérieurs ne sont manifestement plus suffisants, alors il donne l'impression de chercher à compenser en poussant les curseurs susceptibles de satisfaire ce public occidental qui reste, au bout du compte, sa cible.

Ainsi nous montre-t-on bien comment il n'est plus possible de tirer sa crampe et sa clope sans qu'une autorité voilée vienne nous tirer l'oreille et on rappelle à quel point on préfère l'islam vertueux des Ibn al-Haytham aux fantasmes de ces Arabes castrés (pour reprendre les termes du film) qui cherchent à se construire une grandeur sur des gloires usurpées.

Oui, c'est aussi grossier que ça et c'est dit tel quel. C'en est à se demander si les présences conjuguées des Françaises Lyna Khoudri et Zineb Triki au casting n'augurent pas d'une influence trop pesante pour Saleh de la part de ses producteurs européens...


Dans tous les cas, le bilan pour moi est amer. Je n'ai jamais été un grand fan de Tarik Saleh mais force est de constater que, un peu à l'image des dynamiques du moment, son cinéma suit la trajectoire définie par cette triste pente qui, d'un côté, nous éloigne de plus en plus des compositions riches et habitées pendant que, de l'autre, elle nous rapproche d'un fade bourbier sans subtilité.

Aussi sûrement que deux points forment une ligne, ces Aigles sont venus tristement compléter le segment qui, accompagné de tant d'autres, participe à tracer un bien amer faisceau...

Créée

le 14 nov. 2025

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