Une bonne curiosité que ce film historique surprenant bien que schizophrénique. Le scénario du jeune Nikitchka passe souvent au second plan pour laisser la place à une description de la décadence du pouvoir, qu'il soit local ou d'Ivan le Terrible lui-même. Orgie, viol, repas gargantuesques, humiliation, assassinat, sadisme, homosexualité d'Ivan (?)... Tout est bon pour taper sur la corruption à la fois de l'aristocratie et des superstitions religieuses. Toutes ces scènes forment un mélange de répulsion et de fascination, un peu comme ce que pouvait faire un Cecil B DeMille un brin hypocrite qui flattait les bas instincts en voulant dénoncer l'immoralité des païens.
On en oublie ainsi régulièrement les péripéties du malchanceux Nikitchka trimballé d'une cour à une autre, ou plutôt d'une geôle à une autre, et échappant à la condamnation à mort à plusieurs reprises pour vouloir défier Dieu avec sa machine volante.
Des problèmes de construction et d'équilibre qui s'oublient heureusement lors des 20 dernières minutes qui se recentrent sur un ligne narrative unique et qui ne manque pas d'intensité et de tension, sans être très réaliste ou rigoureux non plus.
Ce n'est pas la mise en scène la plus formaliste ou avant-gardiste du cinéma muet soviétique mais elle demeure efficace et toujours professionnelle avec des moyens confortables qui se voient à l'image (photographie, figuration, château, costumes pour une reconstitution de l'époque qui semble plus authentique que le traitement du scénario).