Qui est le film ?
Avant The Green Knight ou The Old Man and the Gun, David Lowery signait avec Ain’t Them Bodies Saints un film d’apprentissage : le sien. On y reconnaît déjà ses grandes obsessions : la mémoire, le temps, l’évanescence des choses et la beauté comme soupir. C’est un film de 2013, qui surgit dans un moment où le cinéma indépendant américain tente de retrouver une voix. Lowery y puise dans l’héritage de Malick, mais avec un lyrisme domestique, resserré.

En surface, l’intrigue est simple : Bob s’évade de prison pour retrouver Ruth, la femme qu’il aime, et l’enfant qu’il n’a jamais connu. C’est une histoire d’amour et de fuite, un western au ralenti. Mais très vite, l’élan narratif s’efface au profit d’un autre mouvement : celui d’un temps qui ne veut plus passer.

Que cherche-t-il à dire ?
Le cœur du film bat dans cette idée : l’amour comme relique. Bob veut croire que l’on peut retrouver ce que l’on a perdu : Ruth, leur amour, la cabane, les promesses. Mais Lowery nous montre autre chose : que le passé, une fois passé, n’est plus accessible. Ce n’est pas un film de retrouvailles, mais de distance. Ruth n’attend pas. Elle vit, elle change, elle doute. Bob, lui, est resté figé.

Le film devient alors une méditation sur les asymétries amoureuses, les temporalités disjointes, les promesses que l’on garde trop longtemps. C’est aussi, en creux, un regard sur la masculinité romantique : celle qui confond désir et mémoire, loyauté et fantasme. Là où Ruth reconstruit, Bob ressasse. Et ce désalignement scelle leur impossibilité à se retrouver.

Par quels moyens ?
C’est là que le film referme son piège. Il se donne des airs de balade texane, le son feutré d’un western ralenti, comme si la cavale n’était qu’un prétexte pour montrer la poussière dans les rayons du soleil. On croit à une histoire d’amour, de loyauté, de retour, mais ce n’est qu’un mirage, un leurre romantique tendu au spectateur.

Il fait mine de filmer les champs dorés et les regards lointains, mais c’est pour mieux parler de tout ce qui échappe : le temps qui se dérègle, les mots qui mentent, les gestes qui tardent. Par une mise en scène flottante, il transforme le drame en élégie.

Le montage, elliptique, lacunaire, crée des absences dans le récit comme Ruth en porte en elle. La bande-son, elle, n’accompagne pas mais hante. Et surtout, Lowery filme les visages comme des vestiges, non pour ce qu’ils font, mais pour ce qu’ils ont perdu.

Où me situer ?
J’admire profondément ce que tente Lowery ici : une forme de romantisme désossé, une douceur mélancolique qui refuse les grands gestes et cela me touche. Mais il y a aussi une gêne. Le film, par son excès de pudeur, frôle parfois le vide.

C’est sans doute un film de transition, un territoire d’expérimentation. On y voit un réalisateur chercher sa voix, tester une éthique de la suggestion. Et même si tout ne tient pas, cette hésitation-là devient belle en elle-même.

Quelle lecture en tirer ?
Les Amants du Texas n’est pas un film d’amour, mais un film sur l’après. L’après le baiser, l’après la promesse, l’après l’incarcération. Il ne raconte pas une relation, mais la persistance d’un lien devenu fantôme.

À la fin, rien n’est réglé, rien n’est réparé. Bob n’a pas retrouvé Ruth. Ruth n’a pas oublié Bob. Mais le film n’est pas tragique : il est doux. Lowery, déjà, esquisse cette idée qu’il reprendra plus tard : on ne raconte pas une histoire, on raconte ce qu’elle a laissé. Ce qu’il reste quand tout est fini.

cadreum
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le 27 juil. 2025

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