Ce documentaire sur les années de 1960 à 1966 pendant lesquelles Budd Boetticher prépara, filma, monta son projet d'un film de fiction avec des vrais personnages comme acteurs et des vraies corridas, est passionnant car il permet de mieux comprendre le parcours de ce réalisateur talentueux.
Il était suffisamment orgueilleux pour vouloir démontrer qu'il pouvait raconter une aventure avec suspense, drames, péripéties captivantes, sans se plier aux contraintes hollywoodiennes où l'artifice (acteurs, doublures, cascades, décors, etc.) est le moteur de la transcription à l'écran.
La mort de Carlos Arruza avant la fin du tournage dans un accident de voiture l'obligea à transformer le film prévu comme fiction en un documentaire : impossible en effet de tourner les articulations d'un scénario qui permettrait de lier les différents morceaux de bravoure dans la vie et dans l'arène du torero. Le raconter comme personnage réel devint la seule option.
Ce qu'on découvre avec surprise ce sont les moments de grande dépression de Boetticher. L'une au milieu du tournage quand les financements s'évanouissent : il sombre dans un alcoolisme aigu le conduisant à l'hôpital psychiatrique dont le libère une semaine plus tard par la force son ami Arruza. Cette premiere dépression, lui la décrit comme seulement due à sa séparation avec Debra Paget.
La deuxieme dépression, encore pire, suivit la mort de Arruza, qui ruinait une aventure cinématographique très longue, très couteuse et tres risquée (qui lui couta d'ailleurs la poursuite d'une carrière à Hollywood, lequel ne pardonne guère à certains outsiders). Il se sortit de complications pulmonaires gravissimes, malgré un pronostic très sombre, par des mouvements de torero effectués dans sa chambre qui jouerent le rôle d'une kinésithérapie ad hoc, spécialisée et très douloureuse.
L'aventure humaine que fut le tournage est bien documentée dans ce film.
Il ne manqua pas de faire une semaine de prison jusqu' à ce qu'il rembourse des dettes d'hôtel considerables.
Surtout on n'imaginait pas, pour cet amoureux du Mexique et de la tauromachie depuis ses 22 ans, que l' évolution de ses rapports avec le pays fut si orageuse, et que même Arruza passa d'une amitié et d'une estime extrêmement fortes à une animosité de plus en plus grande, jusqu'au rétablissement final entre eux quand le torero visionna les rushes de ses grandes prouesses, enfin fixées pour le public.
Ce film est à voir si on s'intéresse à ce réalisateur dont une partie des westerns sont uniques dans la production américaine, et qui influença nombre de réalisateurs par la suite. Comme le disait Tarantino (dans un autre documentaire) : ses personnages étaient interessants à leur époque, ils l'étaient toujours 20 ans plus tard, et ils le seront encore tout autant dans 20 ans.