Mes ambitions créatives font que je ne pourrai jamais descendre un tel projet, porté et entièrement fait par des amateurs, un projet qui transpire l'envie, la passion et la débrouillardise. Mais si je peux volontiers être plus clément et moins sévère vis à vis de ce genre de propositions que je ne le serai devant des productions professionnelles aux moyens techniques et financiers incomparablement plus importants, il y a quand même des points qui ne relevant pas directement de problématiques liées aux conditions de productions sur lesquelles je ne peux passer outre.
Alors "Les aventures du Nexus 6" c'est la petite équipe passionnée de science-fiction qui gère la chaine YouTube "Nexus VI" sur laquelle on trouvera des analyses d'œuvres, littéraires ou cinématographiques qui traitent de science-fiction au sens large. Or depuis les débuts, a été imaginé et créé comme narratif faisant office de fil rouge entre les différentes vidéos, l'équipage renégat d'un vaisseau - le nexus 6 - dont on suit au fur et à mesure les aventures. Ils ont finit par lancer une campagne de crowdfunding auprès de leurs abonnées afin de concrétiser un projet plus ambitieux : un long métrage destiné à sortir en salle sur grand écran, qui est le film que je traite ici.
J'ai envie de parler de ce film pour plusieurs raisons. La première est qu'il me semble important d'encourager ce genre d'initiatives, qui illustrent quelque chose qui me tient à cœur dans le processus créatif qui est que l'art, la culture, la création ne sont pas réservés à quelques privilégiés dotés de moyens ou de contacts et que chacun peut à son niveau se lancer, que comme le dit Orelsan "si tu veux faire du cinéma, t'as juste besoin d'un truc qui filme, que le reste c'est des excuses". Et qu'importe le résultat final, l'important et l'essentiel, la seule boussole qui devrait être le guide à l'envie de créer c'est l'envie et pas autre chose.
La deuxième raison qui me pousse à parler de ce film amateur, c'est peut-être de façon prétentieuse, en faire une critique assez constructive pour que les personnes qui en sont à l'origine, y puisent les outils qui les aideront à progresser dans l'éventualité d'un autre projet de film. Et malgré quelques réserves sur lesquelles je vais revenir, j'ai très envie de voir autre chose, ce que j'ai trouvé d'assez bon, excitant et réussi ici me suffit pour en demander plus.
Le plus impressionnant est sans contexte le débord d'un imaginaire paroxystique qu'une direction artistique impressionnante vient nous offrir, qu'il s'agisse des costumes, des maquillages, des créatures, de l'univers dépeint, des décors, de l'utilisation des techniques d'effets spéciaux numériques ou des techniques d'effets pratiques, il serait profondément malhonnête d'en dire du mal. Je rappelle qu'on parle d'un film amateur, fait par des passionnés, dont le budget, financé par le public d'une chaîne YouTube, doit correspondre au budget cafés et croissants des productions professionnelles. Or à l'écran on voit que cet argent a été utilisé dans l'objectif, atteint, d'impressionner. C'est vraiment bien foutu, c'est assez bluffant à l'image, et l'immersion dans leur univers ainsi que la sacro-sainte suspension consentie de l'incrédulité fonctionnent, on a envie de suivre les aventures de cet équipage.
Mais je le disais en intro, il y a certains aspects qui ne relèvent pas des aléas techniques ou économiques, qui donc auraient mérités un peu plus de soins, de finitions, j'ai presque envie de dire d'un recul plus professionnel et le principal est l'écriture. L'écriture qui englobe aussi bien l'histoire, dont aussi bien le développement, que la narration manquent de cohésion. On est face à un récit qui de façon paradoxal va manquer d'éléments à certains endroits et au contraire être trop dense à d'autres. La présence même de certains personnages questionne, et l'on se dit qu'ils ont tenu à ce que chaque membre originel de l'équipe du "Nexus VI" ait au moins un temps de présence à l'écran et une ligne de dialogues à dire. Dialogues qui rentrent eux aussi dans le champ lexical de l'écriture et qui eux sont vraiment ce qui est l'aspect le moins satisfaisant du film. Ils parviennent à rendre des interactions prononcées avec la quête évidente de paraitre naturelles, tout sauf fluides et crédibles. Je pardonne beaucoup à des propositions de ce genre, mais sur ce point c'est juste un manque de recul et peut-être d'un entourage moins impliqués qui aurait pu tirer le signal d'alarme en suggérant de retravailler sur cet aspect, qui encore une fois ne nécessite pas des ressources immenses pour être amélioré.
J'espère que si les personnes derrière cette dinguerie tombent sur cette critique elles comprendront que tant celle ci, que ma note de 5/10, n'ont comme ambition que d'encourager la suite, de saluer l'audace et une bonne part du travail effectué. Putain les gars, chapeau, un immense respect, vous étiez à vraiment pas grand chose de sortir un truc vraiment top !
La troisième et ultime raison de cette critique, c'est bien évidemment à mon modeste niveau, et malgré mes réserves, encourager un maximum de gens à voir ce film, c'est important de soutenir ce genre de prises de risques, de saluer à travers eux tous les artistes et créateurs amateurs qui se battent pour concrétiser leurs rêves et donc, allez sur le profil YouTube "Nexus VI" le film y est dispo gratuitement, un making-of est même proposé (que je n'ai pas encore vu), c'est le moins que l'on puisse faire.