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Quelques spoilers.
<i>Texte lié à une <a target='_blank' rel='noopener noreferrer' href="https://boxd.it/oOSu2">ressortie de films noirs mexicains</a>.</i>
J’étais curieux de voir à quoi ressemblerait le cinéma de Fernández appliqué à un autre genre que le mélodrame ; mais en fait, plus encore que chez ses collègues, nous sommes ici dans un mélodrame qui n’a fait que se parer des habits du film noir, via certains de ses motifs (le monde criminel et le passé impossible à fuir, les bars louches, le refus du happy end).
Le problème est que, débarrassé de la forme longue et des extérieurs immenses qui soutenaient la fibre mélodramatique de ses romances rurales, Fernández laisse soudain crûment apparaître l’artificialité (ou tout du moins l’abstraction) des leviers lacrymaux qu’il emploie. La moitié des scènes consiste à regarder des personnages se fouetter de reproches, à dire combien ils vénèrent l’autre, combien ils ne le méritent pas – ce qui, dans le cadre plus réaliste, trivial et concret du film urbain, paraît soudain franchement niais.
On ne retrouve pas non plus dans ce récit l’ambiguïté des autres films noirs de la sélection : aucune hésitation, ici, entre la vie rangée (que Fernández peint en sacrifice et dévotion absolue du futur mari pour sa promise), et la figure du mauvais amant (entièrement rejeté, par l’héroïne comme par le film). Pire, cette absence de nuances met d’autant plus à jour l’ambiguïté politique du cinéaste : malgré quelques inoffensives réflexions du flic sur ce “monde-qui-ne-tourne-pas-rond”, le film semble trouver tout à fait logique (ou du moins admirable, plutôt qu’intolérable) qu’une prolétaire se crève pour payer une bonne école à sa sœur. Le récit semble trouver tout aussi naturel que le “bon parti”, ce jeune homme de la haute qu’il ne faut surtout pas choquer, puisse à son aise fréquenter le bar à putains sans que ce ne soit pour lui un motif de honte – quand ça l’est pour l’héroïne qui craint plus que tout de l’y croiser.
Bref, le haut monde n’est pas une seconde remis en question dans ce film qui, s’il n’oblitère pas le contexte social (quand d’autres films noirs du cycle le font passer au second plan), le présente d’abord d’une manière tragique et larmoyante (l’histoire d’une pauvresse pleine d’abnégation), ce qui en un sens le dépolitise d’autant plus (le gentil policier se contente de ce qu’il a, et tout problème rencontré est ramené à la question des sentiments)¹. De cet ensemble malaisé ressortent néanmoins quelques moments, mélodramatiques ou cruels, qui parviennent à convaincre par-delà l’artificialité de leur expression. Figueroa, s’il ne produit pas là son travail le plus notable, relève quelques scènes de par sa science lumineuse (la poursuite sur les toits, les étincelles de noël, le cabanon ténébreux), seuls moments extirpant le film de sa placidité égale.
Notes
¹ À quel point la tragédie intime des personnages permet, ou au contraire empêche, la possibilité d’en faire les étendards d’une grogne sociale ? La tragédie est-elle le lubrifiant du discours politique, ou son évitement ? Cela reste flou. J’ai par exemple beaucoup pensé devant le film à <i>La Divine</i> (Wu Yonggang, 1934), qui s’obligeait lui aussi à faire un portrait de mère courage martyre pour justifier, continuellement, sa condition de prostituée (ou encore certains actes du personnage, comme dans <i>Salón México</i> le fait de voler ses clients). Tout comme l’héroïne de Fernández n’est prise en pitié qu’à condition que son métier de prostituée soit un sacrifice (offrir à sa sœur une vie meilleure), sa collègue chinoise est pleurée car elle le fait pour son enfant. Mais peu de choses, dans l’un comme dans l’autre film (quand bien même celui de Wu Yonggang est infiniment meilleur), ne laisse à penser que la société aurait autant de commisération pour ces femmes, pour leur pauvreté et pour leur métier, sans cette excuse tragique.
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Créée
le 11 août 2026
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