Il était une fois à São Paulo une jeune femme enceinte, Ana, vivant seule en haut d’une tour et une jeune femme pauvre, Clara, vivant seule dans les quartiers populaires. Ça, c’est pour l’aspect chronique sociale du film. Cette rencontre entre Ana et Clara, l’une devenant aide-ménagère et future nourrice de l’autre, va précipiter ces deux-là dans les vertiges amoureux. Ça, c’est pour son petit air de telenovela lesbien un peu kitsch. Mais la grossesse d’Ana va connaître une issue inattendue et dramatique, obligeant Clara à prendre des décisions qui, pour toujours, changeront le cours de son existence. Car c’est elle désormais qui élève Joel, le fils d’Ana, victime d’une terrible et ancienne malédiction. Et ça, c’est pour son côté conte fantastique mâtiné d’un soupçon de gore.


On comprend bien ce que Juliana Rojas et Marco Dutra cherchent à dire et à faire à travers cette fable lycanthropique où les bonnes manières énoncées par le titre renverraient à celles qu’il faut respecter, auxquelles se conformer. Bonnes manières (ou plutôt règles impérieuses) d’une société carcan où tout acte de résistance, tout sentiment de différence semblent voués à l’échec (ou se doivent d’être contenus, comme dans cette chambre où Clara enferme Joel les soirs de pleine lune), où les barrières qu’elle a érigées (de classe, de croyance, de race…) ramène inéluctablement à la haine de l’autre (la vindicte finale du "peuple", à la Frankenstein).


Les bonnes manières, dans sa forme, s’entend donc à brasser les genres (il y a même quelques passages chantés, histoire de contenter tout le monde) dans un mélange plutôt habilement mené, mais qui pourtant a bien du mal à tenir la distance : le rythme y est atone et décousu, l’interprétation pas toujours de qualité et l’étrangeté, la certaine poésie, le charme désuet qui se dégageaient de l’ensemble sont, dans la dernière ligne droite, complètement anéantis quand Rojas et Dutra se décident à révéler la mystérieuse créature (il était sans doute préférable de continuer à jouer sur l’invisible, les vibratos d’un danger prégnant, des fragments de monstre…), réduite à une affreuse (et ridicule) animation en images de synthèse tout droit sortie d’un Harry Potter au rabais.


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le 11 avr. 2018

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