L’approche des fêtes de Noël n’augure rien de bon d’un point de vue cinématographique entre les niaiseries à destination familiale et les comédies débiles. Cette année, malheureusement, ça débute déjà fin novembre avec ces Boules de Noël. Alexandra Leclère n’atteint certes pas le piètre niveau de ses pires films mais rappelle qu’elle n’a aucun talent d’écriture.
Pour Nathalie, Noël est toujours un cauchemar. Persuadée d’être maudite, elle décrète : pas de fête cette année ! Mais Antonin et les enfants s’en mêlent, invitant Nicole, la sœur perdue de vue. Et si cette fois tout changeait ?
Le problème d’Alexandra Leclère est qu’elle se voudrait être une satiriste des mœurs bourgeoises. Elle les a mis face à la misère de la rue dans Le Grand Partage, les a confrontés à l’adultère dans Garde alternée. Las, les films de la réalisatrice finissent toujours par tourner autour d’un seul sujet : la panne du désir sexuel à la cinquantaine. Que ce soit chez Monsieur (Le grand Partage) ou chez Madame (Garde alternée, Le prix à payer).
Le problème de ses films réside dans leur dépendance à une seule idée de départ (des bourgeois qui vont devoir cohabiter avec des SDF, par exemple) mais qui ne sont en réalité que des blagues de fin de repas (alcoolisé). Ce sont des pitchs que la réalisatrice n’arrive jamais à faire tenir sur la longueur. C’est parfaitement le cas ici avec cette idée de malédiction familiale autour de Noël (pour le coup parfaitement bébête) qui n’est en fait que le prétexte d’une succession de scènes incohérentes, sans fil directeur réel.
Si la comédie est ratée, la qualité du film joue aux montagnes russes. Le début chez le psy fonctionne plutôt bien, avec un récit décalé servant de voix-off. Puis, le gendre urine dans la coupe de champagne de la grand-mère : hilarant ! L’excellente Noémie Lvovsky fait une entrée remarquée, offrant 5 à 10 minutes réussies. Mais l’humour scato reprend vite le dessus, avant que le dernier tiers ne semble annoncer une tournure plus sombre. On croit enfin échapper à la bêtise pour s’orienter vers quelque chose de plus inquiétant... jusqu’à ce que Monsieur s’assoie sur la bûche de Noël. Si la comédie échoue à ce point, c’est en partie à cause de l’écriture qui se contente d’enchaîner des gags faciles et souvent scabreux.
Pour réussir une satire, il faut savoir peindre des personnages et un univers avec finesse. Ici, les personnages sont réduits à des stéréotypes immuables : l’idiot, la rigide, le dom juan, la belle italienne. Le film emprisonne ses protagonistes dans une mesquinerie bourgeoise sans intérêt. Quand on pense aux grandes comédies italiennes des années cinquante (Divorce à l’italienne pour citer un chef-d’œuvre). C’était très corrosif mais ils s’y mettaient à quatre pour l’écrire. Ici le problème, c’est que la réalisatrice a écrit son film seule.
Car les gags sont vraiment mauvais comme des cochons, bêtes à manger du foin. On en a déjà cité quelques-uns qui concernent le gendre ou le mari qui s’assied sur la bûche de Noël. Ajoutons également qu’une crotte de chien est mélangée à la bûche et qu’une des filles est végane. Ça revient sans cesse dans le film. Tout ça se voudrait mordant mais est plombé par l’absence de qualité d’écriture.
Dans ces conditions, les comédiens font ce qu’ils peuvent. Kad Merad n’est pas mauvais mais un peu transparent, comme un invité égaré. Valérie Bonneton, malgré son abattage comique, frôle souvent le surjeu, tandis que Noémie Lvovsky apporte un peu de fantaisie au milieu de ce chaos. Quant aux trois jeunes acteurs jouant les enfants, ils n’ont rien à défendre : leurs rôles sont purement anecdotiques. Finalement, Les Boules de Noël confirme les limites d’Alexandra Leclère, qui persiste à livrer des comédies bâclées. Affligeant.