Support: 4K Bluray UltraHD
The Guns of Navarone fait partie de ses films cultes qui ont irrigué tout un pan du septième art, mais dont on ne réalise l’impact réel qu’une fois la séance terminée. Outre les nombreuses citations directes, de Pulp Fiction à la chanson des Skatalites, en passant par un niveau de Wolfenstein ou un épisode de Battlestar Galactica, c’est l’imagerie et la tonalité même de l’oeuvre qui ont marqué le médium, et ce jusqu’au dernier affront de Guy Ritchie, The Ministry of Ungentlemanly Warfare, qui reprenait une scène d’abordage à son compte en poussant les potard à fond dans la beauferie.
C’est donc un film d’aventure, de commandos, d’équipée derrière les lignes ennemies, dont la formule donna le la à une tripotée de rejetons tels que When Eagles Dare ou The Dirty Dozen. Les ingrédients sont simples : un casting charismatique de personnages hétéroclites qui doivent travailler ensemble malgré leurs divergences, une mission à priori insurmontable, et la mise en valeur du courage, du sacrifice et de la fraternité.
L’occasion également d’explorer un théâtre rare de la Seconde Guerre Mondiale, en traitant via un récit fictif des enjeux de la campagne du Dodécanèse, et en nous faisant ainsi profiter à la fois de situations inédites (notamment via les ambiguïtés de la résistance locale qui voit s’allier nationalistes et communistes dans un même élan), de paysages grecs mêlants ruines antiques et reliefs dorés par le soleil, et en nous infiltrant dans la culture hellénique via les rites locaux et la musique traditionnelle.
Il est donc dommage que dans un tel cadre le souffle épique recherché peine à prendre, malgré quelques moments de bravoure. Car le film s’étire en longueur jusqu’à en devenir redondant, tandis que ses personnages ne restent jamais que des archétypes guerriers que les décennies suivantes auront tôt fait d’imiter jusqu’à la désuétude. Mais la platitude thématique a tout de même su résister au passage du temps grâce à quelques échanges bien sentis sur les affres du conflit. Rien de follement original, un simple débat d’idée sur le poids des actions, et à qui il incombe de porter leurs conséquences entre le soldat et le gradé. Un questionnement déjà vu et somme toute assez superficiel mais qui donne au film un semblant de colonne vertébrale qui dépasse le simple cadre de l’action pur jus.
Il est indéniable qu’en 1961, le film de Carl Foreman et J. Lee Thompson n’ait pu faire que grand bruit tant il a instauré des éléments clés de la culture du film de guerre, et plus largement d’action. Mais comme il arrive parfois sur de grands classiques précurseurs, il a été dépassé à tous les niveaux par une partie de ses successeurs et le regard que je porte dessus quelques 64 ans plus tard en pâtit forcément.