Et si le Roi-Soleil, avant d'incarner un mythe, n'avait été qu'un gamin exaspérant en culottes courtes, jeté dans le grand bain de la Comédie-Française ? Voilà le pari fou et réjouissant des Caprices de l'enfant-roi, où Michel Leclerc, avec la malice qu'on lui connaît, transforme un chapitre poussiéreux de la Fronde en une satire politique d'une vitalité étincelante. Loin des ors de Versailles, on embarque avec un Louis XIV contraint de se cacher, qui troque son costume royal contre les planches d'une troupe de théâtre, menée par un Molière amoureux et un Cyrano de Bergerac plus intéressé par les tirades que par les jupons. Ce n'est pas un simple déguisement historique, c'est une plongée jubilatoire dans les coulisses du pouvoir, où l'on découvre que régner, c'est avant tout apprendre à jouer un rôle, et que la liberté a parfois le goût irrésistible du cabotinage.
Le film tire sa force de ce décalage constant, oscillant entre l'absurde et une profondeur insoupçonnée, porté par un casting en roue libre. Artus incarne un Cyrano d'une autodérision féroce, Franck Dubosc prête à d'Artagnan une bonhomie désopilante, tandis que le jeune Niels Hamel-Brochen campe un monarque capricieux dont la métamorphose, touchante, est le cœur battant de l'aventure. Mais derrière les duels d'épée et les répliques qui claquent, "Quand on écrit comme on coupe de la mortadelle..." –, Leclerc glisse des piques contemporaines d'une redoutable efficacité, moquant avec une légèreté assumée les atermoiements du pouvoir et notre rapport à l'autorité. Le film ose tout, y compris des intrigues absurdes et quelques longueurs, mais il les assume avec une telle verve qu'on lui pardonne volontiers.
Les Caprices de l'enfant-roi est une réflexion malicieuse et profondément humaine sur l'identité, le poids du costume que l'on porte et la formidable école de la vie que peut être l'art. On rit, on sourit, et on ressort avec cette idée tenace que gouverner, finalement, c'est surtout savoir séduire son public. Un régal d'intelligence et de fantaisie qui donne furieusement envie de braver les caprices de l'histoire, pourvu qu'ils soient racontés avec autant de panache.