Une absurde quantité de noms reconnaissables au générique est un de ces signes pan-cinématographiques annonciateurs d’une création qui ne peut pas rater. Et en termes de signes cinématographiques, Les cent et une nuits savent de quoi elles parlent : des frères Lumière à Robert de Niro, en passant par la capture presque voyeuse de Daniel Auteuil à Cannes et de Harrison Ford dont on a soutiré une poignée de main journalistique, c’est à se demander si Varda ne résume pas le cinéma à ces artéfacts, et aux stars.
Il est intimidant de pérorer son opinion sous une aussi grande liste de noms, mais heureusement, l’œuvre ne consiste pas qu’en un étalage de cinéphilie sans but : si seulement Piccoli tenait son rôle de malade imaginaire avec un peu plus de cœur et moins de monsieur-loyalisme, tous les éléments seraient réunis pour en faire une dissertation cultivée et harmonieuse sur le cinéma. Le reste est là : Julie Gayet en pilier de l’actrice « vraie », Mathieu Demy qui est la trace vivante du passage de son père que le film commémore, et Mastroianni qui est… ma foi, lui-même, tout ce monde tournoie dans un vent d’automne chargé de feuilles qui sont des figures de style, formant une expérimentation contemporaine à Last Action Hero (oui, mes références se répètent, qu’y peux-je ?) où la spontanéité dans l’étude filmique du cinéma fait aussi de ce dernier un acteur à part entière.
Tout fonctionne tant que Depardieu, Schygulla, Moreau et Belmondo ont un apport comique et qui cimente l’alternance jour-nuit dans une belle superposition de la vie « normale » d’impétrants cinéastes face à celle de baraque hantée où Piccoli accueille ses « 13 fantômes » (j’ignore pourquoi je me rappelle de ce navet). Mais ailleurs, c’est d’une consistance qui se délite, une tentative de fermer la malle à coups de fesse et d’emboîter deux pièces de puzzle en les taillant en carré.
Les sentiments liant le couple Demy-Gayet s’en vont, à peine soutenus par le mouchoir blanc agité par un énième parallèle de ce monsieur Cinéma qui lance ses piques au lit, mais sa démence n’a plus de socle et la malhonnêteté mal placée qui entoure doucement ses vieux os n’arrange rien. Peut-être bien que les promesses du générique se résumaient à faire apparaître un visage pour tous ces noms.
Quantième Art