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Frank Calder (Oliver Reed) et sa bande de desperados enlèvent une institutrice interprétée par Candide Bergen, vue dans le western brutal et sans concessions de Ralp Nelson, Soldat Bleu. Mais voilà, cette dernière est l'épouse d'un riche propriétaire de ranch joué par Gene Hackman dans la peau de Brandt Ruger, un mari violent et sadique qui se lance dans une véritable chasse à l'homme afin de la retrouver.


Une coproduction Américano-européenne, avec une distribution internationale intéressante. L'anglais Oliver Reed, vu chez Ken Russell (Les Diables) que l'on retrouvera l'année suivante dans La Cible Hurlante de Douglas Hickox, un acteur charismatique et un sacré personnage dans la vie réelle, interprète un bandit bourru et taciturne qui ne s'avèrera pas si mauvais.
Sa démarche, même si assez échevelée (sic!) sur la forme, puisqu'il commence par violer son otage, se définira par le fait qu'il souhaite apprendre à lire. Le bandit de l'ouest, crasseux et aux mauvaises manières souhaite s'éduquer.
Au final il finira par tomber amoureux de la belle institutrice interprétée par Candice Bergen. Gene Hackman joue un mari sadique et intransigeant qui n'a de cesse d'alimenter sa cruauté en torturant des femmes, la sienne y compris.


Bien qu'assez caricaturaux, les personnages si l'on y regarde de plus près, ne sont pas dénué d'intérêt. On est dans un western crépusculaire, l'effondrement des valeurs qui ont fait le grand Ouest est mis en évidence, avec l'arrivée du modernisme, le train, et surtout le fusil à lunettes qui anéantit toute forme d'égalitarisme dans la dualité.


Le personnage joué par Oliver Reed souhaite s'éduquer dans le but de laisser tomber les armes, quant au riche propriétaire terrien dans la peau duquel Gene Hackman, qui n'a pas son pareil pour interpréter les ordures, se sert des armes pour arriver à ses fins, tout est bon pour imposer sa domination sur les plus faibles, ceux d'en dessous. On est clairement dans la démonstration de la lutte des classes dans un ouest poussiéreux, sale et désenchanté.


L'autre particularité intéressante de cette œuvre est l'évolution du rapport entre la belle et le bandit mal éduqué qui finira par devenir passionnel quand ce dernier laissera de côté son côté bourru et indélicat pour devenir plus attentionné et doux. Le mythe de la belle et la bête dans l'ouest poussiéreux...


Très violentes, les fusillades sont légion et agrémentées d'hémoglobines. L'influence de Sam Peckinpah est évidente.


La bande originale est composée par l'italien Riz Ortolani (Le Dernier Jour De La Colère, Cannibal Holocaust). Une partition mélancolique et désenchantée au lyrisme caractérisant les compositions des auteurs italiens accompagne ce western crépusculaire de bonne facture.


Même si l'on ne peut pas le considérer comme un monument du genre, la mise en scène de Don Medford, réalisateur sur des séries télé, manque parfois de consistance et il se contente d'enchaîner des champs contre-champs pas transcendant graphiquement, la photographie est moche, probablement volontairement, et le jeu des acteurs, Oliver Reed excepté n'est pas toujours à la hauteur ; il présente tout de même quelques enjeux psychologiques non dénués d'intérêt et une violence radicale, à la limite du sadisme parfois. L'ombre de Sam Peckinpah plane...


Au final on a le sentiment d'avoir quand même été secoué et de ne s'être jamais ennuyé, ce que l'on peut apparenter à un signe de qualité indéniable.
Malgré ses défauts évidents et son manque de consistance, surtout visuel, j'ai quand même envie de légèrement surnoté ce film, car il a en son sein l'essence même d'un genre fatigué qui ne veut pas mourir.

Créée

le 2 mars 2016

Critique lue 643 fois

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5
1

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