Il y a du neo-réalisme dans Les chevaux de dieu, tout comme il y a des airs de mafia dans les méthodes d'Al Qaïda. C'est toujours sur la misère sociale et morale que les organisations totalitaires assoient leur pouvoir. La méthode est universelle : on vient en aide, on rend l'autre redevable, on l'embrigade, il rembourse.

Le film se structure autour de personnages minutieusement construits, les frères, Yachine et Hamid, Nabil l'ami, la mère. Les liens se tissent sur des déséquilibres, des rapports de force, un amour tu, des ressentiments. La vie dans un bidonville de Casablanca, une structure familiale fragile, la progression des intégrismes, tout concourt à fournir de futurs martyrs. Ce sont des gamins manipulés et trompés, niés dans leur être même.

La mise en scène de Nabil Ayouch est belle et précise, toujours près des corps, à l'affût des expressions et des regards, osant même d'amples mouvements, des vues aériennes, du lyrisme. La structure narrative est solide, même si l'on déplore quelques problèmes de rythme. Les chevaux de dieu est un film riche et dense, qui déconstruit, avec une précision qui fait froid dans le dos, les mécanismes qui amènent un jeune type un peu perdu à se faire sauter dans un restaurant de Casablanca. Petite frustration cependant : on aurait aimé "comprendre" davantage de quelle manière Yachine se transforme (c'est un peu comme si d'un plan à un autre il n'était plus le même). On a saisi le processus, mais, dans sa hâte d'avancer, Ayouch nous prend un peu de court.

En toute fin de film, le côté totalement improbable du rendu factuel de l'attentat (ils entrent dans le restaurant sans que personne ne semble les remarquer) accentue la part de fantasme (et l'immaturité) des jeunes héros. Ils se tuent pour un idéal qu'on leur a imposé, un idéal absurde auquel ils ne comprennent rien. Très justement interprété, subtil et intelligent dans son écriture, Les chevaux de dieu est un film à voir.
pierreAfeu
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le 15 nov. 2013

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