Dans une Ukraine immémoriale de contes, "Les Chevaux de feu" sont une chronique poétique et violente de la vie et de la mort au sein d’une communauté des Carpates. La mort frappe dès le début du film quand un bucheron meurt dans la neige, écrasé par un arbre en voulant sauver le jeune Ivan. Une sonnerie de cor tragique retentit à l'infini alors que le garçon galope dans la poudreuse, slalome entre les arbres en quête de secours...
La haine déchire deux familles, explose quand le père d’Ivan est tué par celui de Marichka. Ivan assiste à la bagarre entre son père et un riche exploiteur local. Dans son désarroi Ivan remarque la fillette de l’assassin. Les deux enfants grandissent au village, échappent aux parents, courent dans les sous-bois, se baignent nus dans la rivière. La nature palpite, illumine l’espace ou gronde, donne leurs rythmes quotidiens et saisonniers aux paysans et aux éleveurs. Les fêtes religieuses à l’église cohabitent avec la sorcellerie, les pratiques païennes et magiques.
Jeunes adultes, Ivan et Marichka s’aiment, se fréquentent en secret, veulent se marier contre l’avis des clans rivaux. Auparavant, Ivan part comme berger escorter les troupeaux. A son retour, Marichka se tue dans un accident. Avec passion, Paradjanov décrit les cérémonies (mariages, funérailles), les traditions et les rites, un folklore coloré à la musique obsédante où chacun participe à sa mesure.
Les parties suivantes racontent la descente aux enfers d’Ivan privé de sa bien-aimée. La dépression, l’alcoolisme entraînent sa dégringolade sociale. Quand la jeune Palagna le remarque, il cherche le salut dans le mariage… Son cœur marqué au fer rouge peut-il oublier Marichka, renaître pour un nouvel amour ? Palagna n’a pas d’enfant et recourt au sorcier pour tomber enceinte. On craint le sorcier, mais on ne peut se passer de ses services. Ivan peut-il le vaincre ? D’épisodes en épisodes, Ivan doit boire le calice de la haine et de la douleur jusqu’à la lie.
Le film est sublimé par sa vision panthéiste d’une nature souveraine, dont les saisons commandent l’activité des plantes, des bêtes et des hommes. Le printemps éclaire et baigne les amours innocentes du jeune couple. Les chants des filles répondent au chant des gars dans les prés ou dans l’église aux mille bougies. On chante, on danse, on se réjouit des plaisirs de la vie. L’hiver rude et enneigé souligne la mort tragique du bûcheron et la déchéance d'Ivan en deuil de Marichka, devenu un ivrogne inutile, que l’alcool seul réchauffe. La force brute des éléments, orages et tempêtes, accompagne l’implacable accomplissement du destin.
Le matin où Ivan part comme berger, Marichka le suit à distance. Ils échangent des appels émouvants, que l’écho multiplie jusqu'à la cime des arbres, avant que le fiancé disparaisse dans la montagne. Marichka croise ensuite une vieille femme moqueuse, sorcière de vocation, une corneille de mauvais augure…