A découvrir le film 70 ans après sa sortie, il est difficile de faire abstraction du côté obscur, pour rester aimable, de l'abbé Pierre (joué par l'acteur André Reybaz, tout à fait crédible), d'autant qu'il apparait dans cette évocation des Chiffonniers d'Emmaüs en figure tutélaire et angélique. C'est même l'abbé Pierre en personne qui, en préambule, exprime face caméra son credo.
Une bonne cause ne fait pas nécessairement du bon cinéma, et Robert Darène réalise un film édifiant et un peu trop démonstratif. Fondé sur de vraies anecdotes relatives à des existences dramatiques, le sujet les additionne sans beaucoup d'habileté pour donner un ton pathétique (et quand il y a du pathétique, Gaby Morlay n'est pas loin, dans le rôle épisodique de la secrétaire de l'abbé).
C'est dans un esprit volontiers misérabiliste que le réalisateur relate les débuts de l'association et les bonnes volontés autour de la détermination de l'abbé Pierre, donnant comme l'image de Jésus entouré des apôtres. Cela dit, il n'y a pas ici de bondieuseries ou de prosélytisme.
On ne doute pas un instant de la sincérité du cinéaste et encore moins de l'authenticité de ces hommes brisés ou de ces familles dans le malheur. Pour autant, la mise en scène est trop élémentaire et appuyée pour faire passer de vraies émotions.
C'est un film choral dont les personnages nombreux témoignent de bons sentiments et de beaux élans du cœur, de quelques mauvais réflexes parfois. C'est aussi, bien entendu, un hommage à l'action et à l'œuvre de l'abbé Pierre. On ne peut pas lui enlever celles-là.