Adaptation du roman éponyme de Balzac trouvée très récemment. Le roman a été adapté par Henri Calef en 1946 (sortie en 1947).
Globalement, on peut dire que le film est fidèle au roman dans la mesure où on y retrouve les grandes péripéties (forcément un peu simplifiées pour un film de 90 minutes)
La date de réalisation est importante car le film va reposer sur une double ambiguïté (qui fit scandale, semble-t-il, à la sortie du film).
La première, c'est l'arrivée en catimini, au petit matin, de Montauran dans une barque sur un rivage de Bretagne. Il arrive droit d'Angleterre pour réactiver la révolte des Chouans. En fait, conformément au roman, pour occuper l'armée républicaine et affaiblir le front de l'Est. En 1946 ou 47, le spectateur ne peut que penser à la Résistance menée à partir de l'Angleterre (pour restaurer la république). Tandis que dans le film, l'objectif des Chouans est de déstabiliser la république française pour un retour à la monarchie. Tout le contraire des objectifs de la Résistance.
La deuxième, c'est 1946 qui est une période critique de la France, au sortir de l'Occupation et de ses règlements de compte arbitraires, qui pouvait faire plonger le pays dans une guerre civile tant les ressentiments étaient importants dans la société de part et d'autre. Il ne fallait donc pas attiser les rancœurs mais au contraire les apaiser. Aussi, certains discours tenus par l'abbé Gudin, qui étaient de la trempe de certains propos tenus par des extrémistes actuels (islamistes, par exemple), ont été soigneusement atténués. Et à plusieurs reprises, les motivations des républicains chargés de maintenir ou rétablir l'ordre en Bretagne, ont été clairement exprimées à travers une volonté de paix sur la base d'une république une et indivisible.
Et ces deux ambiguïtés font sourire aujourd'hui alors que beaucoup d'eau a finalement et heureusement coulé sous les ponts permettant d'aborder roman et le film de Calef avec un peu plus de sagesse. C'est, de mon point de vue, un intérêt majeur de ce film.
Ensuite, on retrouve les personnages du roman avec leurs excès (atténués, je l'ai dit) superbement interprétés.
Jean Marais dans le rôle du marquis de Montauran qui succombe aux charmes d'une espionne envoyée par Fouché, via Corentin. C'est un faible comme dans le roman, qui parle fort mais qui ne fait que parler. L'espionne, c'est Madeleine Lebeau qui joue très bien son rôle et qui fait irrésistiblement penser à toutes celles qui tentent de séduire 007 …
Face à Madeleine Lebeau, on trouve une dure et vibrante Madeleine Robinson dans le rôle de Madame du Gua, une fanatique monarchiste.
Du côté des républicains, Pierre Dux endosse le rôle de Hulot, le chef militaire républicain et Philippe Herrand endosse le rôle de Corentin, l'homme de Fouché qui manipule l'espionne et essaie de trouver une autre voie, plus politique, que celle de la guerre.
L'abbé Gudin, monarchiste fanatique est joué par un excellent Louis Seigner, assez méconnaissable … Bien sûr, là il ne parlera pas de "guerre sainte ordonnée par Dieu". Par contre, il approuvera, quand même, le massacre des soldats bleus en dépit de l'hospitalité promise par Montauran.
Si on ajoute à tous ces centres d'intérêt, une mise en scène soignée et des beaux décors, un film bien remastérisé en termes de son et d'image, je peux dire qu'on passe un très bon moment à visionner ce film.