1939. Voilà ce que faisait le cinéma français pour divertir le spectateur à qui on avait promis quelques mois auparavant « la paix pour cent ans ».
Mais attention, « divertir » ne veut pas toujours dire « détourner l’attention d’un événement qu’on sait pertinemment devoir arriver ».
Très facile de dire que ces Cinq Sous, le film ne les vaut pas.
Les États-Unis, à l’époque où Hergé écrit Tintin en Amérique, c’est Hollywood et la chaise électrique. Et l’Inde est le pays du Maharaja et de la Maharané comme dans Le Tour du Monde en 80 Jours adapté de Jules Verne par Michael Anderson en 56 avec, dans le rôle d’un cocher de fiacre parisien, le gars qui chante ici : « Je suis une petite nature » et qui pourtant est un grand comédien.
Il s’appelle Fernandel.
Et il retrouvera dans La Fille du Puisatier, quelques années plus tard, une Josette belle comme le Jour (il y a un jeu de mots) et dont l’accent parisien est plus crédible ici que dans la garrigue de Pagnol un an plus tard.
L’extrême succès de Fernandel en cette époque extrêmement dangereuse est dans sa maîtrise extrême d’une capacité extrêmement rare à passer dans un temps extrêmement court d’une physionomie à une autre extrêmement opposée. Pardon de n’avoir pas été extrêmement bref pour dire cela mais à défaut d’être extrêmement, comme René, Clair, j’espère que mon lecteur sera, toujours comme René, suffisamment , Clément si je me suis fait comprendre au moins un peu.
Le film ne manque pas d’esprits puisqu’il y en a, ou plutôt, il est censé y en avoir dans la cale du bateau qui va à Calcutta (il y a encore un jeu de mots).
Pour les amateurs de vélo, puisque c’est à vélo, après successivement l’avion, le bateau, le train, le camion et l’auto, que se termine cette aventure, le vrai vainqueur du Tour de France qu’on voit sur des images d’archives ressemble moins, de loin, à Gino Bartali, l’année de la sortie du film, qu’à Roger Lapébie l’année précédente.
Et pour rester sur le vélo, ne confondez pas Les Cinq Sous de Lavarède avec Les Trois Cimes de Lavaredo qui ont marqué l’histoire du Tour…d’Italie cette fois.
Et pour finir sur un ultime sinon suprême jeu de mots, L’Avare dit : « Je suis raide » mais il avait encore cinq sous cachés dans ses dessous. »