Quelques chapeaux à larges bords, un plan panoramique dans une nature grandiose, sous un soleil vengeur, une contre-plongée, un colt : il ne nous en faut pas plus pour, d’entrée, faire remonter en chacun de nous l’habitus d’un genre qui a inondé le monde, le western/southern.
Est-ce un Northern ? Un Southern ? Je laisse ce débat de sa classification aux spécialistes, si tant est qu’il en ait une.
Pour faire un bon western, on le sait, il faut un bon décor, et on ne pouvait imaginer meilleure géographie que la Terre de Feu. C'est tout simplement grandiose, et on peut y tourner des « plans perception » — l’élément incontournable, celui où l’on cherche dans le décor avec les protagonistes — absolument extraordinaires. Amateur de cette région, je savais que j’allais me régaler de l’exotisme de cette nature. Un cadre pareil, c’est unique. Mais pour y filmer quoi ? Une énième Léonerie à la mode chez les amateurs de ciné de genre ? Non. Los Colonos est un film autonome de tout label et remarquable.
C’est certes académique, mais très bien filmé, dans le sens où : les plans et leur grammaire, tant dans le choix des éléments qui les composent que dans leur enchaînement au montage, font mouche à chaque fois et sont remplis de sens, c’est d’une sobriété qui va au-delà de l’efficacité et apporte une authentique émotion, et certaines idées de mise en image sont d’une élégance rare en ce temps de dronification et de caméras « vroum vroum HD ».
Le cadre historique permet de faire se rencontrer les personnages de diverses origines ethno-culturelles, dont les interactions sont finement écrites, très bien jouées et surtout parfaitement inscrites dans des rapports de classes, et explorent la dialectique du maître et de l’esclave. Parce que nous sommes toujours le colonisé de quelqu’un d’autre. Aussi, celui qui ne veut pas risquer sa vie, et surtout son âme, ne pourra pas trouver une – soi-disant – libération (une latitude de mouvement).
C’est une histoire de la colonisation occidentale, tristement banale, qui nous est contée ; le mal est une chose malheureusement bien répandue et partagée par tous. La sainteté n’est pas de ce monde. Et L'assimilation. C'est une arnaque. Une fieffée arnaque.
Il se permet, en toute fin, ce légitime questionnement de savoir où est sa place dans l'histoire du cinéma, de par son dernier chapitre et son générique. Le petit montage final se positionne — j’ai l’impression — en regard des premières superproductions, comme la raciste et révisionniste que fut « Naissance d’une nation ». Le cinéma est très vite pensé comme une arme de propagande, et fut utilisé comme telle par les exploiteurs de tout poil.
Un dernier point, le dernier plan : l’entrée en gare d’un train. Ce film est un grand film, digne de l'invention des frères Lumières.