En véritable funambule qui navigue avec l’aisance d’un chat entre les genres, Paolo Sorrentino construit avec Les conséquences de l’amour un film bien difficile à définir, une sorte de mix improbable entre fable sociale contemplative et thriller noir énergique. Bien malin qui pourra anticiper la deuxième partie de son histoire lorsqu’elle bascule de façon inattendue, au moment même où elle commençait à flirter trop dangereusement avec le drame amoureux dans ce qu’il a de plus convenu.


A son coup de plume redoutable, Sorrentino associe un sens de l’image qui force le respect. Chaque séquence est soignée, chaque placement de caméra pensé pour donner le meilleur, que ce soit pour mettre en image un shoot d’héroïne particulièrement graphique où un refroidissement clinique de deux mafieux trop gourmands. Mais même lorsque les objectifs se posent pour accompagner les acteurs, le savoir faire continue de s'exprimer : c’est avec beaucoup de finesse, par exemple, qu’ils investissent l’étage d’un d’hôtel pour en faire tomber les cloisons, une à une, afin de capter les mouvements de ses habitants.


Mais je crois que ce qui m’a le plus convaincu dans ce film, et c’est certainement du au fait que j’ai peu aimé La grande Bellezza, auquel je reprochais une certaine superficialité, c’est la façon avec laquelle Sorrentino le raconte, sans aucune manière, en donnant les rennes à ses acteurs. C’est en effet le charisme posé de Tony Servillo, quand il s’associe aux yeux de biche d’Olivia Magnani, qui fait avancer l’histoire. L'acteur, lorsqu’il nous quitte physiquement, reste présent en voix off, sans en faire des tonnes. Un coup de blues avoué au téléphone présente son ancienne vie, entre deux errances dépressives dans les couloirs de l’hôtel qui lui sert d’home sweet home. Puis une valise mystérieuse déclenche une accélération digne d'un film d’espionnage pour finir de poser le contexte. Celui, savoureux, d’une histoire qui surprend en s’aventurant où on ne l’attend pas. Ce genre de surprise, c’est souvent quitte ou double. Ou bien la bifurcation fait petit malin puisqu’elle s’inscrit de façon forcée dans l’histoire, ou elle fait l’effet d’un petit coup d’adrénaline. Ici, le virage à 90° se fait sans crissement de pneus, dans la suite logique d’une intrigue qui n’a été pensée que pour l’introduire.


Les conséquences de l’amour est pour moi l’exemple parfait de la séance qui vous file le sourire, même si vous avez le sentiment de vous être fait avoir. Dans le sens où pour ma part, j’ai commencé la séance en m’attendant à un pur drame social, et que je me suis retrouvé devant un film mutant, dynamique et intelligent particulièrement enthousiasmant.

oso
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le 16 juin 2015

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